Les victimes des violences postélectorales de 2016 réclament justice après l’exfiltration d’Ali Bongo

Neuf ans après les tragiques événements qui ont marqué l’élection présidentielle gabonaise de 2016, les plaies restent béantes. À Libreville comme dans d’autres villes du pays, les familles des victimes réclament aujourd’hui justice, galvanisées par ce qu’elles considèrent comme une occasion historique : la chute du régime Bongo et l’exfiltration récente de l’ancien président Ali Bongo Ondimba.

En effet, depuis que l’ancien chef de l’État a été officiellement mis à l’écart du pouvoir, les langues se délient. Plusieurs proches des victimes, blessés ou témoins des violences postélectorales, pointent directement la responsabilité du pouvoir de l’époque, et notamment celle d’Ali Bongo, qu’ils accusent d’avoir ordonné une répression sanglante contre les partisans de son principal adversaire d’alors, Jean Ping.

Une nuit de feu et de sang

La nuit du 31 août au 1er septembre 2016 reste gravée dans la mémoire collective comme l’un des épisodes les plus sombres de l’histoire politique gabonaise. Alors que la Commission électorale venait d’annoncer, dans la confusion, la réélection d’Ali Bongo avec une marge extrêmement étroite, des centaines de manifestants sont descendus dans les rues pour contester les résultats. Très vite, la contestation a été brutalement réprimée.

Des témoignages concordants rapportent que les forces de sécurité ont ouvert le feu sur le quartier général de Jean Ping, situé au quartier charbonnages, lieu qui porte encore les stigmates de cet acte. Bilan ? plusieurs morts, des blessés, et des d’arrestations arbitraires. À ce jour, aucun responsable n’a été jugé ou encore simplement venu pour responsable : « On a voulu étouffer la vérité », scandent certains.

Lire Aussi:  Octobre Rose : Pink Fashion ou Aide aux personnes cancéreuses ?

Parmi les survivants, le sentiment d’injustice est tenace. « On a voulu enterrer les morts avec la vérité, le Gabon ne peut pas se reconstruire sur l’impunité. Si nous voulons tourner la page, il faut d’abord l’écrire en toutes lettres, sans mensonges », affirme la présidente de l’association réconciliation. Aussi que les forces de sécurité ont ouvert le feu sans sommation sur des manifestants désarmés.

L’exfiltration d’Ali Bongo : un obstacle ou une opportunité ?

La récente exfiltration de l’ancien président et sa famille pour Louanda, dans des conditions encore floues pour les gabonais, alimente les frustrations. Pour de nombreuses victimes, elle ressemble à une fuite organisée. « Il ne s’agit pas de vengeance, mais de vérité. Il doit répondre de ses actes, ou du moins être entendu par la justice gabonaise ou internationale », plaident les victimes et parents des victimes.

Des voix s’élèvent également pour demander que les anciens hauts responsables militaires et ministres de la sécurité de l’époque soient interrogés. Il y avait une chaîne de commandement. Ces ordres de tirer ne sont pas tombés du ciel, rappelle encore la présidente de l’association.

Un petit groupe s’est rassemblé devant le ministère de la Justice, garde des sceaux à Libreville. Munis de pancartes, de photos de proches disparus et de dossiers poussiéreux, ils réclament, une fois encore, vérité, justice et réparation.

Un tournant pour le Gabon ?

La société gabonaise, encore marquée par des décennies d’autoritarisme, attend des actes forts. Une commission vérité et justice ? Un procès symbolique ? Une réparation pour les familles ? Les réponses à ces questions détermineront en partie l’avenir démocratique du Gabon.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *