Le système éducatif gabonais vient de franchir un cap symbolique dans sa quête d’une école plus juste et inclusive. L’Institut Pédagogique National (IPN) d’Akanda a accueilli cette semaine la première promotion de 40 psychologues scolaires formés aux pratiques de l’éducation inclusive. Soutenue par le ministère de l’Éducation nationale et l’UNICEF, cette initiative incarne une promesse forte : offrir à chaque enfant, y compris ceux en situation de handicap ou en difficulté, une place au sein de l’école ordinaire.
Mais derrière cet élan porteur d’espoir, des interrogations majeures demeurent. Une formation de quelques jours suffit-elle à transformer durablement un système éducatif confronté à des défis structurels ? Ces nouveaux psychologues disposeront-ils des moyens matériels et institutionnels nécessaires pour exercer efficacement leur mission ? Et surtout, comment s’intégreront-ils dans un environnement scolaire marqué par la violence, le harcèlement et le décrochage de nombreux élèves ?
Selon le confrère L’Union, le programme de formation dispensé à l’IPN vise à outiller ces professionnels pour accompagner les enfants à besoins spécifiques : autistes, malentendants, malvoyants, ou simplement en difficulté d’apprentissage. Au menu : ateliers pratiques, études de cas et modules de psychologie appliquée à l’éducation. « Une école inclusive n’isole pas les enfants en difficulté, elle favorise la compréhension mutuelle », rappelle Adrien Makaya, directeur de l’IPN. Une philosophie qui rompt avec des décennies d’exclusion, où les enfants handicapés étaient systématiquement orientés vers des centres spécialisés, souvent marginalisés.
Cependant, les ambitions affichées risquent de buter sur le réel. La formation express ne saurait suffire face à la complexité des troubles de l’apprentissage et des fragilités psychologiques. Le succès du projet dépendra surtout de la capacité des autorités à institutionnaliser la présence des psychologues dans les établissements, à leur fournir des espaces d’écoute adaptés et à valoriser leur rôle dans la communauté éducative. Sans cela, ces acteurs risquent de demeurer symboliques, sans réel pouvoir d’action.
Cette initiative intervient dans un contexte de crise éducative préoccupant. La montée de la violence en milieu scolaire, les cas de harcèlement, de décrochage ou de détresse émotionnelle se multiplient. L’école n’est plus seulement un lieu d’instruction, mais un terrain où se cristallisent les tensions sociales et familiales. Dans ce cadre, les psychologues scolaires peuvent devenir des piliers de prévention et de reconstruction : en soutenant les enseignants, en apaisant les conflits et en accompagnant les élèves fragilisés. Mais pour cela, il faut distinguer leurs profils, cliniciens, éducatifs ou développementaux, afin d’éviter une confusion des rôles et une dilution de leur impact.
Au-delà des murs de l’IPN, cette première vague de psychologues symbolise un tournant dans la vision gabonaise de l’éducation : reconnaître le bien-être mental comme condition de la réussite scolaire. Si cette initiative est suivie d’un véritable plan national de déploiement, de suivi et de formation continue, elle pourrait ouvrir la voie à une école plus humaine, plus protectrice, et réellement tournée vers la réussite de tous. À défaut, elle risquerait de n’être qu’un énième chantier abandonné sur la route du renouveau éducatif.