En partance de Franceville, un train de voyageurs a connu un incident d’une gravité exceptionnelle après Lastourville. La locomotive se serait détachée des wagons, abandonnant des dizaines de passagers sur une voie potentiellement mortelle, sans conducteur. La scène, digne d’un film catastrophe, a provoqué une panique légitime à bord, révélant une fois de plus l’extrême vulnérabilité d’un secteur pourtant vital pour la cohésion territoriale et la sécurité des citoyens.
Le témoignage d’un passager, glaçant de lucidité, résume l’ampleur du danger, pannes à répétition, ruptures mécaniques, wagons laissés à eux-mêmes sur la voie. « S’il y avait eu une colline, on aurait eu un déraillement », confie-t-il, invoquant la protection divine là où la technique et la prévention ont manifestement failli. Que des voyageurs en viennent à remettre leur survie à la providence plutôt qu’aux normes de sécurité constitue, en soi, un aveu d’échec collectif.
Une question centrale demeure : comment une locomotive peut-elle se détacher d’un convoi en service ? S’agit-il d’une défaillance mécanique, d’un défaut de maintenance ou d’une négligence du personnel technique ? Le silence ou l’opacité autour de ces interrogations ne fait qu’alimenter la défiance. L’opinion publique, à travers les réseaux sociaux, exprime sa lassitude « Vraiment, on a tout vu avec la Setrag », lâche un internaute, traduisant un ras-le-bol général face à des incidents qui semblent se banaliser.
Plus inquiétant encore est le décalage entre la gravité de ces faits et la légèreté avec laquelle certains responsables se félicitent de l’installation du wifi dans les trains, présenté comme un progrès majeur. De quel développement parle-t-on lorsque la sécurité élémentaire des passagers n’est pas garantie ? À quoi sert une connexion internet stable dans un wagon qui peut devenir un cercueil roulant ? Le progrès technologique ne saurait masquer l’urgence des investissements lourds comme entretien du matériel, formation rigoureuse du personnel, audits indépendants et transparents.
Il est temps d’interpeller clairement les autorités compétentes. Le transport ferroviaire n’est pas un simple gadget de communication, mais un service public stratégique engageant des vies humaines. Une enquête sérieuse, publique et assortie de sanctions, si nécessaire, s’impose pour établir les responsabilités et prévenir la répétition de tels incidents. Le Gabon mérite un chemin de fer sûr avant d’être connecté la sécurité doit précéder le confort, et la vie humaine rester non négociable.