Le ministère du Pétrole et des Hydrocarbures est accusé d’avoir conclu un contrat de fourniture d’accès Internet avec Gabon Telecom pour un montant faramineux estimé à plus de 80 millions de FCFA par mois. Entretenue depuis plusieurs années, cette dépense suscite l’indignation dans un contexte de crise économique et de réduction des dépenses publiques annoncées par les plus hautes autorités. Selon plusieurs sources internes, ce contrat aurait été attribué dans des conditions peu transparentes, en marge des mécanismes habituels de mutualisation des services numériques de l’État.
Ce choix est d’autant plus incompréhensible que le Réseau Administratif du Gabon (RAG), géré par l’Agence Nationale des Infrastructures Numériques et des Fréquences (ANINF), offre déjà la capacité technique et institutionnelle de fournir un service Internet sécurisé et performant à l’ensemble des administrations publiques. En contournant ce dispositif public, le ministère du Pétrole rompt avec la logique de rationalisation prônée par le gouvernement et compromet les efforts de centralisation des infrastructures numériques engagés depuis plus d’une décennie.

Derrière cette décision, certains observateurs dénoncent un réseau d’intérêts croisés et de pratiques opaques dans l’attribution des marchés publics. Le contrat avec Gabon Telecom, signé sans appel d’offres public, soulève des interrogations sur les motivations réelles de cette dépense disproportionnée. Des cadres de l’administration n’hésitent plus à évoquer une forme de « clientélisme technologique » au profit d’acteurs économiques proches de certains cercles d’influence du ministère.
Pendant ce temps, le pays traverse une période d’austérité sans précédent. La dette publique frôle des niveaux critiques et les autorités appellent à un redressement responsable des finances publiques. Dans ce contexte, maintenir un contrat de plusieurs dizaines de millions de francs par mois pour un service déjà disponible à moindre coût via un organisme public relève d’une incohérence économique et d’une faute morale vis-à-vis du contribuable. Les fonds ainsi gaspillés auraient pu être réaffectés à des secteurs prioritaires tels que la santé, l’éducation ou la modernisation des infrastructures sociales.
Avec la nomination du nouveau ministre, M. Clotaire KONDJ, l’affaire pourrait bien devenir un test de crédibilité pour le gouvernement post-transition. Elle interroge la réelle volonté des autorités à rompre avec les pratiques de mauvaise gouvernance et à instaurer une culture de transparence dans la gestion des ressources publiques. Le ministère du Pétrole, pilier stratégique de l’économie gabonaise, ne saurait continuer à opérer dans l’opacité sans risquer d’éroder davantage la confiance des citoyens envers l’État. Le moment est venu de démontrer, par des actes concrets, que l’ère des dépenses somptuaires est bel et bien révolue.