Ouverte le lundi 12 janvier à Libreville, la Conférence internationale sur l’Iboga et l’Ibogaïne marque une étape inédite dans la volonté du Gabon de reprendre la main sur l’une de ses ressources les plus emblématiques. Placée sous le thème « L’Iboga, racine du Gabon, source d’avenir durable », la rencontre réunit jusqu’au 13 janvier scientifiques, responsables politiques, représentants de la société civile et gardiens des traditions, autour d’un objectif commun : structurer la valorisation de l’iboga dans un cadre à la fois scientifique, éthique et souverain.
Le Ministre a rappelé que « L’iboga n’est pas qu’une espèce botanique parmi d’autres : elle est le symbole vivant de l’interconnexion entre l’homme et la forêt, entre nature et la culture, entre le visible et l’invisible. Protéger nos forêts, c’est protéger bien plus que des arbres : c’est préserver des écosystèmes complexes des savoirs millénaires et des possibilités thérapeutiques encore insoupçonnables ».

Cette cérémonie d’ouverture a illustré cette convergence d’intérêts rarement observée. Étaient notamment présents le ministre des Eaux et Forêts, Maurice Ntossui Allogo, le directeur de l’Environnement et point focal du protocole de Nagoya, Emmanuel Bayani Ngoyi, ainsi que plusieurs partenaires internationaux, dont Bryan Hubbard, directeur général de l’organisation Americans for Ibogaine. Aux côtés des institutions publiques, des structures comme l’AGADEV, représentée par sa directrice générale Scyrielle Sende Etali, ont affirmé leur engagement dans la construction d’une filière nationale encadrée.
Au cœur des échanges, une même ligne directrice, concilier héritage ancestral et ambition économique. Stéphane Lasme, de la Fondation éponyme et cofondateur de la conférence, a insisté sur cette articulation délicate : « Le Gabon est le berceau ancestral de l’Iboga. Il s’agit de bâtir un pont entre les savoirs traditionnels et la médecine moderne. Nous devons étudier, préserver et produire des usages respectueux de cette plante sacrée ». Une déclaration qui résume l’ambition gabonaise de devenir non plus un simple réservoir de ressources, mais un acteur central de leur transformation et de leur régulation.
Les partenaires internationaux ont abondé dans le même sens. Bryan Hubbard a ainsi souligné que la conférence constituait « un appel à l’équilibre entre la science contemporaine et les usages traditionnels », rappelant que la structuration de la filière devait rester sous contrôle gabonais. Une position qui traduit la reconnaissance croissante du rôle stratégique du pays dans la recherche mondiale sur l’ibogaïne, notamment pour ses applications thérapeutiques.
Enfin, le gouvernement a placé la question écologique au centre du débat. Pour le ministre Maurice Ntossui Allogo, « l’enjeu est de protéger la ressource contre le pillage, tout en l’inscrivant dans un cadre juridique et éthique souverain ». Plus qu’une plante, l’iboga est désormais présentée comme un actif stratégique national. Les travaux engagés à Libreville visent ainsi à poser les bases d’une industrie encadrée, de la préservation des forêts à la certification des produits, afin que le Gabon demeure le principal bénéficiaire de sa « racine sacrée ».