Le Gabon n’accueillera pas de migrants expulsés des États-Unis : une rumeur infondée aux relents politiques

Ces dernières semaines, une rumeur persistante a embrasé les réseaux sociaux au Gabon, affirmant que le pays allait accueillir sur son territoire des migrants expulsés des États-Unis. Cette information, sans fondement, a surgi à la suite de la participation du président Brice Clotaire Oligui Nguema à une rencontre convoquée par le président américain Donald Trump à la Maison Blanche, le 9 juillet 2025, en présence de plusieurs chefs d’État africains, notamment ceux du Sénégal, du Libéria, de la Mauritanie et de la Guinée-Bissau. La question migratoire a bien été abordée lors de cette réunion, mais aucune entente n’a été conclue, et le Gabon n’a signé aucun accord allant dans ce sens.

Depuis son retour à la Maison Blanche en janvier 2025, Donald Trump a remis au cœur de son action politique la lutte contre l’immigration clandestine. Si son administration a engrangé des résultats notables dans le contrôle des frontières sud grâce à un renforcement logistique et humain, l’expulsion des migrants en situation irrégulière reste une tâche complexe. En cause : des recours judiciaires récurrents qui bloquaient les procédures jusqu’à ce que la Cour suprême n’ouvre la voie à des expulsions vers des pays tiers, même en dehors des pays d’origine. C’est dans ce cadre que huit migrants condamnés aux États-Unis ont récemment été transférés au Soudan du Sud.

Face à la réticence de plusieurs pays latino-américains, asiatiques et même européens, l’administration Trump tente désormais de conclure des partenariats avec des pays africains pour accueillir des migrants expulsés. L’objectif : reproduire le modèle de l’accord controversé entre le Royaume-Uni et le Rwanda, abandonné sous la pression judiciaire et politique. Des pourparlers ont été engagés avec plusieurs pays du continent, notamment le Nigéria, le Bénin, la Libye, l’Eswatini ou encore le Rwanda. Mais la plupart d’entre eux, y compris Abuja, ont opposé un refus clair, malgré les incitations ou menaces diplomatiques émanant de Washington.

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Au cours de la rencontre du 9 juillet à Washington, le président américain a évoqué cette proposition avec ses homologues africains, sans rencontrer de réels enthousiasmes. Aucun des dirigeants présents, dont le président gabonais, n’a accepté l’idée d’accueillir des ressortissants expulsés, confirmant ainsi l’absence d’accord en ce sens. Seul le Soudan du Sud a, jusqu’ici, accepté une telle opération. La diffusion de la rumeur selon laquelle le Gabon aurait donné son aval à une telle initiative semble donc relever d’une volonté délibérée de nuire à l’image du chef de l’État, dont la visite aux États-Unis a pourtant été marquée par des avancées économiques et diplomatiques notables.

Cette tentative de manipulation révèle la sensibilité du sujet dans un contexte africain où la diaspora joue un rôle crucial, notamment dans le transfert de fonds et les investissements directs. Toute décision perçue comme hostile envers cette diaspora pourrait rapidement se retourner contre un pouvoir politique, en particulier pour un chef d’État récemment installé. En prêtant à Oligui Nguema une décision impopulaire qu’il n’a jamais prise, les auteurs de cette rumeur visaient à affaiblir son crédit politique auprès de l’opinion, sans considération pour les faits ou la vérité diplomatique.

Cette affaire souligne une fois de plus l’importance de la vigilance face à la désinformation et à l’instrumentalisation des enjeux internationaux à des fins de politique intérieure. Le Gabon, comme d’autres pays africains, reste souverain dans ses décisions migratoires, et rien n’indique aujourd’hui qu’il ait accepté de devenir une terre d’accueil pour les expulsés des États-Unis.

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