Réuni à la Maison de l’Avocat sous la présidence du bâtonnier Raymond Obame Sima, le Conseil a reconnu que soixante-douze dossiers de candidature, certains datant de 2015, sont toujours en attente d’instruction. Une situation que l’instance attribue à un « retard structurel » non imputable aux postulants, mais qui affecte directement la capacité de traitement des nouvelles demandes. En vertu du principe d’égalité et de régulation interne, le Conseil a jugé prioritaire de finaliser les dossiers les plus anciens avant d’examiner celui de Me Assaghlé.
La décision du Conseil de l’Ordre des Avocats de reporter l’inscription de Me Peter Stephen Assaghlé au Tableau du Barreau du Gabon suscite incompréhension et frustration dans les milieux judiciaires. Alors que le président de la République a officiellement levé, il y a quelques mois, le gel des recrutements dans la Fonction publique, cette décision vient raviver le débat sur l’opacité de certaines procédures internes de l’Ordre.
Pourtant, l’argument peine à convaincre. Plusieurs observateurs rappellent que la levée du gel présidentiel avait précisément pour but de fluidifier l’accès à la profession et de rajeunir un corps d’avocats jugé vieillissant et insuffisamment représentatif de la diversité des compétences. En ajournant la demande de Me Assaghlé, avocat déjà inscrit au barreau de la Drôme en France, l’Ordre renvoie l’image d’une institution figée, incapable de s’adapter à l’urgence du renouvellement.
Derrière cette décision se profile une question plus large : celle de l’équilibre entre respect des procédures internes et adaptation aux orientations politiques nationales. En privilégiant strictement l’ordre chronologique d’instruction, le Conseil du Barreau s’expose à des critiques sur son manque de réactivité face aux nouvelles directives et à l’évolution des besoins du pays en matière de défense et de justice. Pour beaucoup, il s’agit là d’une occasion manquée d’accueillir un professionnel déjà aguerri, capable de contribuer immédiatement au rayonnement du Barreau gabonais.
Si le Conseil a promis d’examiner le dossier de Me Assaghlé après la prestation de serment de la promotion actuellement en cours de finalisation, rien ne garantit que les délais ne s’allongent pas encore. En attendant, cette décision risque d’alimenter un sentiment de blocage institutionnel et de nourrir la frustration d’une génération d’avocats désireux de servir, mais freinés par une mécanique administrative qui peine à sortir de l’inertie.