Au Gabon, trouver un logement relève trop souvent de la course d’obstacles, où la détresse des familles et des jeunes actifs devient le terrain de jeu d’intermédiaires peu scrupuleux. Ces « démarcheurs » immobiliers, opérant en dehors de tout cadre légal, prospèrent sur la vulnérabilité des citoyens. Ce qui devrait être une assistance se transforme en piège, entraînant pertes financières, humiliations et parfois l’absence de toit pour des semaines entières.
Le mécanisme de l’arnaque est tristement connu. À la recherche d’un studio ou d’un appartement, les candidats à la location se voient approchés par un intermédiaire qui prétend détenir les meilleures adresses. Avant même d’accéder à une visite, des frais allant de 5 000 à 10 000 francs CFA sont exigés. Mais les visites se révèlent être des leurres : logements déjà occupés, inexistants ou sans rapport avec les promesses initiales. À ce stade, l’argent est déjà perdu et aucune garantie de remboursement n’existe.
La facture s’alourdit encore avec des commissions exorbitantes, atteignant parfois l’équivalent d’un mois de loyer, voire davantage. Pour des familles modestes, des étudiants ou de jeunes travailleurs à peine installés dans la vie active, ces sommes représentent un sacrifice intenable. Le désarroi s’installe et la confiance dans le système locatif s’effondre, alimentant un cercle vicieux où l’arnaque remplace la régulation.
Les dégâts sont multiples. Ils ne se limitent pas aux pertes financières, déjà considérables. Ils s’étendent au terrain psychologique, générant stress, anxiété et sentiment d’impuissance. Des familles qui avaient réuni difficilement leurs économies se retrouvent dans l’incapacité de payer un véritable loyer, parfois contraintes de vivre provisoirement dans des conditions précaires. C’est la dignité des personnes qui est atteinte, réduites au rôle de proies face à des prédateurs opportunistes.
L’impact économique global est tout aussi préoccupant. Ces pratiques entachent la crédibilité du marché immobilier et empêchent la professionnalisation d’un secteur stratégique. Les propriétaires eux-mêmes ne sont pas épargnés : certains découvrent que leurs biens ont été loués à leur insu par ces intermédiaires frauduleux. Au lieu d’organiser un marché structuré et transparent, ces agissements encouragent la débrouillardise illégale et entretiennent la méfiance généralisée.
L’absence de réaction des autorités alimente ce désordre. Pourtant, les solutions existent et doivent être mises en œuvre de toute urgence. La création d’un statut légal d’agent immobilier, soumis à licence et inscrit dans un registre public consultable par tous, constituerait une première étape. L’encadrement strict des frais de visite et des commissions permettrait de mettre fin aux abus. Enfin, un mécanisme officiel de médiation et de plainte donnerait aux victimes la possibilité d’obtenir réparation pour les préjudices subis.
Il ne s’agit pas de supprimer l’activité d’intermédiation, mais de la transformer en un véritable service public régulé, où les citoyens sont protégés et où les professionnels travaillent dans la transparence. En agissant vite, l’État gabonais démontrerait sa volonté de mettre fin à un marché de la détresse indigne et d’installer un cadre équitable, au bénéfice de tous. Le logement, droit fondamental, ne peut plus être laissé à la merci des arnaqueurs.