La Lettonie est en passe de devenir le premier État membre de l’Union européenne à se retirer de la Convention d’Istanbul, le traité international visant à prévenir et combattre la violence à l’égard des femmes. Le Parlement letton, le Saeima, a voté en faveur de cette sortie, une décision qui a immédiatement suscité la colère des défenseurs des droits humains et une inquiétude palpable à Bruxelles.
Au cœur de la controverse se trouve l’article 3 de la Convention, qui définit le genre comme des rôles, des comportements et des activités socialement construits. Les partis conservateurs et nationalistes lettons, influents dans ce vote, estiment que cette définition minerait les valeurs familiales traditionnelles et ouvrirait la porte à la reconnaissance de l’identité de genre non-binaire, ce qu’ils réfutent.
Ce retrait, s’il est confirmé, s’inscrit dans un mouvement idéologique croissant en Europe de l’Est qui instrumentalise la notion de genre pour s’opposer aux standards européens en matière de droits des minorités et des femmes. Après la sortie de la Turquie en 2021, la décision lettone envoie un signal fort sur la polarisation des politiques sociétales au sein même de l’UE.
Plusieurs milliers de manifestants se sont rassemblés à Riga pour dénoncer le vote parlementaire, qualifiant ce retrait de « message dangereux et irresponsable » pour les victimes de violences domestiques. Les organisations féministes craignent que cette décision ne se traduise par un recul des protections légales existantes et une diminution des ressources allouées à l’aide aux victimes.
Bien que le président Edgars Rinkēvičs ait demandé un réexamen de la loi, reconnaissant qu’elle enverrait un « mauvais message » sur l’engagement du pays contre la violence conjugale, le vote du Parlement rend la ratification du retrait hautement probable. La Lettonie se place ainsi en opposition frontale avec les valeurs fondamentales de l’UE concernant l’égalité et la protection des femmes.