La diaspora du Gabon, un mal absolu pour ceux qui font leurs classes au pays ?

Le mardi 6 mai 2025, le Président de la République, Son Excellence Brice Clotaire Oligui Nguema, recevait au Palais du Bord de Mer des représentants de la diaspora gabonaise établis à l’étranger. Une rencontre empreinte de solennité, au cours de laquelle ces compatriotes ont salué l’accession du Chef de l’État à la magistrature suprême et exprimé leur volonté d’accompagner sa vision de reconstruction nationale.

Mais derrière les engagements et les accolades officielles, une question dérangeante persiste : que fait réellement la diaspora pour le Gabon ? Et surtout, en quoi contribue-t-elle au progrès concret de ceux qui, sur place, affrontent au quotidien les difficultés d’un pays en quête de relèvement ?

Trop souvent, la diaspora gabonaise brille davantage par sa capacité à commenter qu’à construire. Présente en force sur les réseaux sociaux, elle s’est érigée en juge permanent du pouvoir en place, maniant critique facile et posture morale avec une constance déconcertante. Mais sur le terrain, là où il faut bâtir des écoles, créer des entreprises, former des jeunes ou relancer les économies locales, leur silence est criant.

L’exemple d’autres nations africaines est pourtant éloquent. Au Sénégal, les transferts de la diaspora représentent près de 10 % du PIB. Au Ghana, des plateformes ont été créées pour intégrer systématiquement les savoir-faire de la diaspora dans les politiques publiques. Au Rwanda, le retour de compétences étrangères s’accompagne d’un encadrement rigoureux, fondé sur l’impact réel. Dans ces pays, les diasporas reviennent, non pour réclamer des postes, mais pour impulser des solutions concrètes.

 

Au Gabon, la dynamique semble inversée

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La réalité est brutale pour ceux qui ont fait leurs classes au pays. Ces jeunes Gabonais, formés dans des conditions précaires, sortent chaque année des universités et instituts du pays sans perspective, sans emploi, mais avec le désir profond de contribuer. Ce sont eux qui improvisent des séances de révision à la lumière des téléphones portables faute d’électricité. Ce sont eux qui affrontent les lenteurs administratives, les coupures d’eau, le manque d’outils, et qui continuent malgré tout d’y croire. Ce sont eux qui méritent une place dans la machine de la reconstruction.

Mais dès qu’une opportunité surgit, voici qu’arrivent, tout droit des métropoles étrangères, des noms souvent inconnus du tissu local, mais dotés de CV prestigieux. Ils sont reçus, nommés, promus, parfois avec une condescendance à peine voilée, au nom d’une expertise supposée, même s’ils ont déserté le pays dans les moments critiques, ou n’en connaissent plus les réalités.

Ce favoritisme à rebours nourrit une frustration légitime. Pourquoi rester et souffrir ici si les fruits de l’engagement sont réservés à ceux qui ont fui les orages ? Pourquoi endurer les rigueurs du terrain si seuls ceux qui ont observé à distance sont appelés à récolter ? Pourquoi croire au pays, si le mérite y est jugé selon la distance géographique plutôt que l’endurance locale ?

Soyons clairs : il ne s’agit pas de nier toute valeur à la diaspora. Certains y mènent un travail admirable, souvent dans l’ombre, sans arrogance, avec un amour sincère pour le pays. Mais ceux-là sont trop peu visibles, étouffés par une majorité plus bruyante, plus habile dans l’art de commenter que dans celui de construire.

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Si le Chef de l’État souhaite réellement reconstruire la Nation, il devra poser une ligne claire : valoriser les compétences endogènes, reconnaître l’endurance de ceux qui sont restés, et exiger de la diaspora non pas des mots, mais des actes tangibles. Le Gabon n’a pas besoin de donneurs de leçons, mais de bâtisseurs. Pas de sauveurs proclamés, mais de compagnons de route.

Que ceux qui sont partis reviennent avec des briques et non des discours. Et que ceux qui sont restés soient enfin honorés pour leur patience, leur résilience et leur fidélité. Le Gabon ne se relèvera pas à distance. Il se relèvera en plaçant ses espoirs là où le feu brûle encore : sur le sol même où la Nation continue, coûte que coûte, à respirer.

MA-OLOA-NZOUANGA Obed-Néo

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