La Chine supprime les droits de douane pour 53 pays africains : levier stratégique face aux fermetures du marché américain

Alors que les tensions commerciales s’intensifient à l’échelle mondiale, la Chine marque un tournant majeur dans sa stratégie de coopération avec l’Afrique. Lors du 3ᵉ Salon économique et commercial sino-africain tenu à Changsha, Pékin a annoncé la suppression des droits de douane sur un large éventail de produits en provenance de 53 pays africains, dont le Gabon, le Sénégal, l’Afrique du Sud, le Nigéria, le Kenya et l’Égypte. Cette initiative vise à corriger une balance commerciale historiquement déséquilibrée au profit de la Chine, tout en renforçant les flux d’exportation en provenance du continent africain.

 

Cette mesure contraste fortement avec la position des États-Unis, qui ont récemment alourdi les taxes douanières sur certains produits africains. En avril 2025, Washington a instauré une surtaxe universelle de 10 %, et des droits spécifiques allant jusqu’à 50 % sur des exportations clés en provenance de pays comme le Lesotho, Madagascar, le Botswana ou l’Afrique du Sud. Cette politique a sérieusement fragilisé des secteurs stratégiques, comme le textile et l’agroalimentaire, tout en remettant en cause les fondements de l’AGOA, accord commercial censé soutenir l’intégration africaine dans le commerce mondial.

L’Afrique se retrouve donc au cœur d’un duel d’influence entre deux grandes puissances. D’un côté, la Chine déroule un discours de partenariat « gagnant-gagnant », en s’appuyant sur des gestes concrets : accès élargi à son marché intérieur, soutien aux infrastructures, allègement de la dette. De l’autre, les États-Unis adoptent une posture plus défensive, dictée par leurs intérêts géopolitiques internes. Pour les économies africaines, l’enjeu est donc de transformer ces ouvertures tarifaires en leviers de développement concret, notamment par la diversification des exportations et la montée en gamme des produits.

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Pour un pays comme le Gabon, riche en matières premières mais encore trop dépendant des exportations brutes, cette décision chinoise pourrait être une opportunité. Encore faut-il que les pouvoirs publics accompagnent le secteur privé vers la transformation locale, l’amélioration des normes qualité et l’ouverture de canaux logistiques vers l’Asie. L’heure n’est plus à la simple vente de matières premières, mais à la diplomatie économique intelligente et souveraine.

 

Ainsi, au moment où les grandes puissances redessinent les cartes du commerce mondial, l’Afrique, si elle parle d’une seule voix et renforce ses capacités productives, peut passer d’objet à acteur des échanges. Pour en profiter, il faut produire, transformer localement, respecter les normes internationales, et organiser des filières solides. Le vrai défi, c’est de savoir comment tirer profit de cette ouverture sans replonger dans une nouvelle dépendance.

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