Jean Gaspard Ntoutoume Ayi réclame une commission d’enquête parlementaire sur la gestion de l’État gabonais avant la transition

Au Gabon, le débat sur la gestion des affaires publiques sous l’ancien régime refait surface au Parlement. Dans une correspondance adressée au président de l’Assemblée nationale, le député Jean Gaspard Ntoutoume Ayi a officiellement sollicité la mise en place d’une commission d’enquête parlementaire chargée d’examiner le fonctionnement de l’État à partir de 2018, après la décision de la Cour constitutionnelle constatant l’indisponibilité temporaire d’Ali Bongo Ondimba. L’initiative vise à faire toute la lumière sur les mécanismes institutionnels et financiers qui auraient permis l’émergence de dysfonctionnements majeurs au sommet de l’appareil d’État.

Dans sa démarche, l’élu s’appuie notamment sur les révélations issues des procès tenus en novembre 2025 devant la Cour criminelle spécialisée. Ces audiences, organisées dans le cadre de la première session criminelle spécialisée 2025-2026, ont mis en évidence l’existence d’un système d’influence ayant exercé un rôle déterminant dans la gestion des affaires publiques. Selon les décisions judiciaires rendues, plusieurs personnes auraient détourné des instruments de l’action publique à des fins personnelles, alimentant ainsi une crise de gouvernance dont les répercussions ont marqué la vie politique nationale.

L’affaire a conduit à la mise en accusation de douze personnes poursuivies pour diverses infractions, notamment détournement de deniers publics, blanchiment de capitaux, usurpation de fonctions, faux et usage de faux, association de malfaiteurs ou encore concussion. Dans un premier verdict rendu le 12 novembre 2025, les deux principaux accusés ont été condamnés par contumace à vingt ans de réclusion criminelle. Le montant global des fonds présumés détournés a été estimé à près de 4 917 milliards de francs CFA, un chiffre qui illustre l’ampleur des dérives financières évoquées durant les audiences.

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Quelques jours plus tard, le 18 novembre, la juridiction a rendu une seconde décision concernant les dix autres coaccusés. Neuf d’entre eux ont écopé de peines allant de vingt-six mois à quinze ans de réclusion criminelle, tandis qu’un prévenu a été relaxé. Les débats ont également révélé que certaines personnes, sans responsabilité directe dans la gestion des finances publiques, auraient perçu des rémunérations importantes issues du Trésor public ou d’organismes étatiques pour des activités dont la finalité administrative reste sujette à interrogation.

Pour Jean Gaspard Ntoutoume Ayi, ces éléments judiciaires soulèvent des questions fondamentales auxquelles seule une investigation parlementaire approfondie pourrait répondre. La commission d’enquête envisagée aurait notamment pour mission d’évaluer l’ampleur réelle des détournements, d’identifier les engagements financiers contractés au nom de l’État, mais aussi d’analyser les mécanismes administratifs et institutionnels qui ont permis l’installation d’une gouvernance parallèle au sein de l’appareil public.

Au-delà des responsabilités pénales déjà examinées par la justice, l’initiative vise également à tirer les enseignements politiques et institutionnels de cette période trouble. Pour le député, il appartient désormais au Parlement d’éclairer la nation sur les défaillances structurelles qui ont fragilisé l’État et d’identifier les réformes nécessaires pour prévenir toute répétition de telles dérives. Dans un contexte marqué par la transition politique ouverte après les événements du 30 août 2023, cette proposition pourrait relancer le débat sur la transparence, la responsabilité publique et la refondation de la gouvernance au Gabon.

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