Interdiction des sacs plastiques, vers un début des frustrations chez les usagers ?

Depuis le 23 septembre 2025 dernier, l’interdiction des sacs plastiques à usage unique est officiellement entrée en vigueur sur l’ensemble du territoire gabonais. Prévue par l’article 5 de l’Ordonnance n°0012/PR/2024 du 26 février 2024, puis ratifiée par la loi n°009/2024 du 5 août 2024, cette mesure marque un tournant majeur dans la lutte contre la pollution plastique et l’engagement du pays en faveur d’un développement durable.

Cette décision, saluée pour sa portée écologique, s’inscrit dans la volonté clairement affirmée du président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, de préserver la santé publique et de protéger la biodiversité. Elle ambitionne également de repositionner le Gabon comme un acteur exemplaire en matière de transition environnementale en Afrique centrale. Mais si l’intention est forte, sa mise en œuvre soulève déjà des inquiétudes.

En effet, sur le terrain, commerçants, ménages et petites entreprises se retrouvent démunis face à l’absence de mesures d’accompagnement concrètes. Beaucoup dénoncent le manque de solutions alternatives accessibles et abordables, ainsi que l’absence d’une véritable campagne de sensibilisation de proximité. Les familles modestes, qui dépendaient de ces sacs pour leurs achats quotidiens, sont parmi les premières à ressentir la contrainte, faute de moyens pour se procurer des emballages réutilisables : « Ceux qui sont véhiculés font des courses et savent comment transporter leurs achats. Et nous les makaya ? », s’indigne une cliente à la sortie de M’bolo.

Le ministère de l’Environnement appelle certes citoyens, opérateurs économiques et société civile à soutenir la transition vers une économie circulaire. Toutefois, cette injonction paraît en décalage avec la réalité des quartiers populaires, où le prix des cabas durables reste prohibitif et où les commerçants informels peinent déjà à joindre les deux bouts. Une politique ambitieuse, mais incomplète, qui risque de transformer une avancée écologique en source de frustrations sociales. « Oligui et son ministre de l’économie ne vont jamais mettre la police pour surveiller les boutiquiers du quartier. C’est une mesure ne donnera rien. Qu’ils règlent d’abord l’histoire des poubelles qui jonchent les rues et même le centre-ville », s’offusque un compatriote interrogé devant M’bolo.

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Si le Gabon veut réussir ce virage, il devra allier fermeté réglementaire et justice sociale. Sans accompagnement adapté (subventions pour les alternatives, appui aux petits commerçants, sensibilisation de masse), la mesure, aussi noble soit-elle, risque de creuser les inégalités et de fragiliser son acceptabilité. L’enjeu est clair : faire en sorte que la transition écologique ne devienne pas un fardeau supplémentaire pour les plus vulnérables.

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