Inaugurations : faut-il vraiment associer le président à tout ?

Le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, multiplie les inaugurations publiques. Parmi les plus récentes : passerelles, marchés, supermarchés… Le 6 juillet 2025, ce dernier s’est rendu à Nzeng Ayong pour constater l’achèvement d’une passerelle piétonne à Sibang Centre. Une infrastructure certes utile pour la sécurité des piétons, mais dont la portée symbolique n’exigeait pas forcément la présence d’un Chef de l’État.

L’image présidentielle semble désormais associée à tout événement, qu’il s’agisse de projets d’envergure ou de réalisations modestes. Cette stratégie de communication donne parfois l’impression d’un président omniprésent, même là où sa présence n’est ni requise ni stratégique.
Dans l’opinion, une question revient avec insistance : faut-il vraiment impliquer le Président de la République dans chaque coup de peinture, chaque lampadaire installé ou chaque tronçon de route bétonné ? À trop solliciter l’image présidentielle, ne court-on pas le risque de banaliser son autorité et sa valeur symbolique ?

Dans une administration fonctionnelle et bien structurée, de telles cérémonies pourraient être confiées à des ministres, des gouverneurs, des maires, voire à des chefs de quartier. Déléguer permettrait au président de se concentrer sur les dossiers de fond, tout en renforçant la responsabilité des autres échelons de l’État. Au-delà de l’image, c’est aussi une manière de signifier une confiance réelle dans l’équipe gouvernementale et de promouvoir une gestion de l’autorité plus institutionnelle et décentralisée des affaires publiques.

Il existe également un enjeu d’efficacité politique. À vouloir tout incarner, le président devient l’unique visage de l’action publique, ce qui le rend mécaniquement responsable de tout, y compris des échecs. Dans un contexte de post-transition qui peine à se débarrasser des « vieilles habitudes et certains réflexes », l’exercice présidentiel gagnerait à être recentré sur les grandes orientations stratégiques, les arbitrages d’intérêt national et la diplomatie, laissant les questions de visibilité locale aux représentants légitimes de l’État dans les territoires.

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De fait, associer systématiquement le président à des inaugurations secondaires peut aussi produire une forme d’usure médiatique. L’émotion de la présence présidentielle s’érode lorsqu’elle devient routine. À l’heure où le pays cherche à reconstruire ses institutions et à restaurer l’autorité de l’État, il serait opportun de sacraliser la fonction présidentielle par une présence plus ciblée, plus solennelle et moins instrumentalisée à des fins de communication événementielle.

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