Hôpitaux publics : le calvaire des parents des malades

Les images, largement relayées sur les réseaux sociaux, montrent des dizaines de personnes étendues à même le sol dans les couloirs du Centre Hospitalier Régional d’Oyem (CHRO), plus connu sous le nom d’« Hôpital Canadien ». Drapés dans des pagnes, assoupis contre les murs ou allongés au sol, ces femmes et ces hommes ne sont pas des sans-abris. Ils sont les proches de patients hospitalisés, animés par une seule volonté : rester auprès de leurs malades dans un système hospitalier qui ne prévoit rien pour les accueillir de manière décente.

Au Gabon, cette situation est loin d’être isolée. D’Oyem à Libreville, de Mouila à Franceville, le même scénario se répète dans la majorité des hôpitaux publics. Faute d’espaces appropriés, les accompagnants dorment dans les couloirs, sous les escaliers ou encore dans les jardins des établissements de santé, exposés au froid, à l’insécurité et à l’indifférence générale.

Une infirmière de l’Hôpital Canadien, ayant requis l’anonymat, résume la situation en ces termes : « On n’a jamais eu de salle pour les parents. Ils dorment où ils peuvent. » Pourtant, ces accompagnants jouent un rôle crucial dans la prise en charge des patients : aide à la toilette, alimentation, soutien moral. Leur présence, souvent déterminante dans le processus de soins, reste largement ignorée par les structures hospitalières.

Dans un pays où la solidarité familiale est encore un pilier du système de santé, et où le personnel soignant ne peut assurer seul l’ensemble des besoins des patients, ces familles sont paradoxalement traitées comme des intruses. Dans certains cas, elles sont même priées de quitter les lieux à la tombée de la nuit, sans aucune solution alternative.

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L’Organisation mondiale de la Santé (OMS), dans son document de référence intitulé Cadre pour les soins centrés sur la personne dans les systèmes de santé (2016), rappelle pourtant à l’article 2.2.1 que « la prise en charge des patients inclut l’accompagnement des familles et leur intégration dans l’environnement hospitalier comme partenaires de soins, en leur garantissant sécurité, information et conditions d’accueil décentes ».

Malgré cette recommandation internationale, les autorités nationales restent silencieuses. Ni le ministère de la Santé, ni la direction de l’Hôpital Canadien n’ont, à ce jour, officiellement réagi à la diffusion des images choquantes ni apporté de réponse publique à une situation qui perdure depuis des années.

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