Hausse des tarifs douaniers américains : la CEMAC s’organise pour préserver sa résilience économique

Réunis le 24 juillet 2025 dernier au siège de la Banque des États de l’Afrique Centrale (BEAC) à Yaoundé, les acteurs économiques de la Communauté Économique et Monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC) ont pris part à la première édition des Journées Économie et Finance. Ce rendez-vous stratégique, organisé par visioconférence, visait à examiner les défis économiques majeurs auxquels fait face la sous-région, notamment les conséquences de la nouvelle politique douanière de l’administration Trump sur les économies locales.

Le thème central, « Défis et opportunités des tarifs douaniers américains pour les économies de la CEMAC », a permis aux experts d’analyser les retombées potentielles du retour au protectionnisme économique à l’échelle mondiale. Dans un contexte marqué par la fragilité des équilibres commerciaux et la montée des tensions géopolitiques, les pays de la CEMAC sont appelés à repenser leurs relations extérieures et à se doter de stratégies communes de résilience économique. Cette démarche proactive vise à anticiper les chocs externes, à valoriser les ressources locales et à rééquilibrer les échanges.

L’administration américaine, dans une volonté de relocalisation industrielle et de réduction de son déficit commercial qui atteignait 71,5 milliards de dollars en mai 2025, a imposé des droits de douane additionnels de 10 % au Congo, en Centrafrique et au Gabon, et de 13 % au Cameroun, en Guinée équatoriale et au Tchad. Si ces décisions ne concernent actuellement qu’un volume d’échange modeste (moins de 2,1 % du commerce régional), elles rappellent l’importance de ne pas dépendre excessivement d’un seul partenaire économique. Les experts ont ainsi invité les États membres à diversifier leurs débouchés et à renforcer leurs relations avec d’autres pôles économiques émergents.

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Toutefois, les risques sont bien réels. Les secteurs du bois, du pétrole ou encore des matières premières risquent d’être directement touchés par ces mesures, provoquant une baisse des recettes d’exportation, une tension sur les réserves de change et une perte de compétitivité. Face à cela, les intervenants ont plaidé pour un renforcement du commerce intra-régional, inspiré des modèles de coopération économique en vigueur dans l’Union européenne ou au sein du Conseil de coopération du Golfe. Ce repositionnement régional permettrait non seulement d’absorber une partie des chocs exogènes, mais aussi de créer des chaînes de valeur intégrées et dynamiques.

En marge de ces échanges, les participants ont mis en garde contre toute tentative de représailles douanières susceptibles de dégénérer en guerre commerciale. La solution préconisée demeure une réponse coordonnée, mesurée et juridiquement fondée, notamment via les instruments de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Chaque État de la CEMAC est également invité à élaborer une stratégie nationale adaptée à ses réalités économiques, en misant sur la transformation locale, la numérisation de l’économie et le développement d’un secteur privé compétitif.

Les organisateurs ont exprimé le souhait que les prochaines éditions de cette Journée Économie et Finance abordent des thématiques tout aussi cruciales, telles que l’impact des monnaies numériques ou des changements climatiques sur les économies régionales. En posant les bases d’un dialogue stratégique entre États membres, cette initiative de la BEAC marque un pas important vers une intégration plus profonde et une meilleure souveraineté économique de la région CEMAC dans un monde en mutation.

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