Gabonisation des emplois : l’urgence d’un nouveau modèle

Face à une jeunesse étranglée par un chômage endémique et un marché de l’emploi saturé par la main-d’œuvre étrangère, le Dr Albin-Baptiste Mabicka Mabicka, spécialiste des investissements directs étrangers lance un cri d’alarme. Dans une analyse sans concession, il exhume l’histoire oubliée de la “gabonisation des emplois”, interroge ses échecs et pose une question brûlante : la volonté politique actuelle suffira-t-elle à transformer un vieux slogan en véritable levier de souveraineté économique ?

 

Le temps presse. Il faut maintenant agir ! Plus de 25% des jeunes gabonais sont sans emploi. Le chômage est devenu notre blessure commune. Le gel des recrutements a créé cette situation critique. En plus de quatre décennies, aucune solution pérenne n’a été trouvée à la problématique de l’inadéquation formation-emploi. Les états généraux de l’éducation de 1983 et de 2011 se sont soldés par des échecs. Les salons, les assises ou les colloques sur l’emploi et la formation ne servent vraisemblablement à rien. Les résultats demeurent inexistants. Quel est le sort réservé aux 120 000 demandeurs d’emploi ? Seront-ils recrutés à la fonction publique ? Dans tous les cas, les gabonais aspirent à un travail digne et décent. Sans emploi, cette jeunesse est une bombe à retardement social.

Pourtant, certains affirment que des emplois existent, mais qu’ils seraient accaparés par des étrangers. La gabonisation des emplois est alors présentée comme la solution pour résorber le chômage. Mais quels emplois vis-t-on réellement ? Ceux du secteur privé, soumis à des quotas ? De récupérer le secteur informel détenu par la main-d’œuvre étrangère ? Où faut-il miser sur l’entrepreneuriat national ? Sans statistiques fiables pour valider ces hypothèses, comment élaborer une stratégie efficace ?

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La gabonisation des emplois n’est pas une invention de l’administration gabonaise. Chaque pays conçoit et entérine ses propres politiques d’embauche. Cette doctrine de la primauté accordée aux emplois nationaux n’est pas obsolète. Au contraire, elle connaît un regain d’intérêt à travers le monde. L’America first de Donald Trump, l’ivoirisation en Côte d’Ivoire ou la sénégalisation au Sénégal sont autant de stratégies qui promeuvent d’abord l’emploi des nationaux. Cela dit, la gabonisation des emplois ou le concept « Gabon d’abord » n’a pas besoin de justification particulière. La question qui se pose est : la volonté politique du président Oligui Nguema suffira-t-elle pour aboutir à une gabonisation à grande échelle ?

La Gabonisation des emplois : une politique ancienne, mais des résultats décevants

La gabonisation n’est pas un concept nouveau. Dès 1962, des lois encadrent l’embauche de la main-d’œuvre étrangère. Exigeant que les entreprises étrangères présentes au Gabon forment des locaux pour les remplacer à terme. La loi n°34/62 sur l’admission et le séjour des étrangers réglemente l’embauche de la main-d’œuvre étrangère. Les dispositions de la circulaire présidentielle n°23/PR du 8 juin 1965 définissent le cadre dans lequel un étranger peut être embauché. Ces dispositions sont renforcées en janvier 1968 par un décret réglementant l’emploi des travailleurs étrangers. L’article 2 de ce décret précise notamment que : « au cas où il n’existe pas sur le marché du travail des Gabonais spécialisés dans une profession ou un emploi donné, l’employeur est autorisé à utiliser les services d’un étranger à condition de lui adjoindre un Gabonais à former dans un délai raisonnable […] ».

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