L’Espagne s’apprête à franchir une étape majeure dans sa politique migratoire. Après avoir enregistré en 2024 une croissance économique remarquable de 3,2 %, le gouvernement de Pedro Sánchez entend consolider cette relance en s’appuyant sur une nouvelle impulsion notamment par la régularisation de près de 500.000 migrants en situation irrégulière.
Cette mesure inédite trouve son origine dans une proposition de loi citoyenne, soutenue par plus de 700.000 signatures à travers le pays bien au-delà du seuil requis pour qu’elle soit examinée par le parlement espagnol. Face aux blocages politiques persistants, le gouvernement socialiste a décidé de porter lui-même le texte, assumant pleinement une décision aussi ambitieuse que sensible.
Le projet prévoit cependant une condition claire. Seuls les migrants présents en Espagne avant le 31 décembre 2024 pourront bénéficier d’un titre de séjour et d’un permis de travail. Une clause destinée à encadrer la mesure et à éviter toute arrivée massive dans l’espoir d’une régularisation.
Cette initiative s’explique par un vieillissement de la population auquel le pays fait face et à une pénurie de main-d’œuvre dans plusieurs secteurs stratégiques, comme l’agriculture, les services à la personne ou encore la restauration. Dans ce cadre, offrir un statut légal à des centaines de milliers de travailleurs déjà actifs, mais invisibles, apparaît autant comme une nécessité économique que comme un choix de société.
Du côté des associations de défense des droits humains, l’annonce est accueillie avec enthousiasme. Depuis plusieurs années, la société civile espagnole se mobilise en faveur d’une régularisation de masse, à l’image de celle menée en 2005, lorsque plus de 570.000 personnes avaient obtenu des papiers. Certains évoquent également l’exemple italien de 2002, qui avait permis d’intégrer légalement des centaines de milliers de migrants.
Mais l’objectif n’est pas seulement humanitaire. Il s’agit aussi de construire une intégration durable. En régularisant leur situation, l’État permet à ces hommes et femmes de cotiser, de bénéficier de la protection sociale, de faire valoir leurs droits et de sortir de l’économie informelle. C’est un choix stratégique : faire de l’inclusion un levier de croissance, de stabilité et de cohésion sociale.