Depuis plusieurs semaines, le cri d’alarme des patients atteints de cancer résonne dans le vide. Au Gabon, la vie de centaines de malades dépend désormais d’un médicament devenu introuvable. Les pharmacies partenaires de la CNAMGS refusent depuis septembre dernier de délivrer les traitements anticancéreux, invoquant une dette abyssale de l’État et de la Caisse nationale d’assurance maladie et de garantie sociale. Résultat : les malades sont livrés à eux-mêmes, sans soins, sans espoir, et face à une administration indifférente.
Dans les couloirs de l’Institut de Cancérologie d’Akanda (ICA), les témoignages se ressemblent : « Nous n’avons plus rien. Les médicaments ne sont plus disponibles », confient des patients épuisés. Certains ont dû interrompre leur chimiothérapie, d’autres n’ont plus les moyens d’acheter leurs traitements à prix fort dans les pharmacies privées. La CNAMGS, censée couvrir à 100 % les soins des personnes atteintes de cancer, ne répond plus.
Les établissements pharmaceutiques partenaires refusent désormais les ordonnances émises sous couverture CNAMGS, prétextant des impayés colossaux : plus de 100 milliards de francs CFA de dette. Cette situation, qui dure depuis des mois, met directement en danger la vie des patients. « Nos vies dépendent de ces médicaments. Ayez pitié de nous », implorent-ils à l’endroit du président de la République, de la Première dame Zita Oligui Nguema, et du ministre de la Santé.
Les dessous d’une crise évitable
Derrière cette tragédie humaine, se cache un bras de fer institutionnel et financier. Selon plusieurs sources internes, le blocage trouve son origine dans une crise ouverte entre le conseil d’administration de la CNAMGS dominé par la Fédération des Entreprises du Gabon (FEG) et la direction générale. Le premier cherche à privatiser la Caisse, quand la seconde tente de réformer le système de gestion et de paiement.
Cette guerre d’influence aurait conduit au gel du budget 2024, empêchant toute avancée significative, notamment le règlement des factures dues aux pharmacies. Pendant ce temps, la dette s’accumule et les malades paient le prix fort. « J’ai alerté le président du conseil d’administration sur la gravité de la situation, mais il n’a pas voulu ouvrir le budget », confie un cadre de la CNAMGS.
Des réformes bloquées pour des intérêts privés
Un autre point de tension réside dans la mise à l’écart volontaire de l’Office Pharmaceutique National (OPN) du processus d’approvisionnement en médicaments. Une réforme avait pourtant été envisagée : financer directement l’acquisition des anticancéreux à l’ICA via l’OPN. Une solution plus transparente et plus efficace, mais qui a été bloquée par certains membres influents du conseil d’administration désireux de maintenir les intérêts des pharmacies membres de la FEG. Ce blocage révèle une réalité troublante : au Gabon, la santé publique semble soumise aux intérêts privés. Pendant que les dirigeants s’affrontent pour le contrôle de la CNAMGS, les patients meurent lentement, privés du droit fondamental à la santé.
Une course contre la mort
Face à l’urgence, certaines voix au sein du ministère de la Santé évoquent des solutions de court terme : envoyer une délégation acheter les médicaments à l’étranger pour sauver ce qui peut encore l’être. Mais même dans le meilleur des cas, le délai d’acheminement reste d’au moins deux mois. Un temps que beaucoup de patients n’ont plus. Le cancer, rappelons-le, est une course contre la montre. Chaque cure manquée réduit les chances de survie. Et pourtant, dans l’un des pays les plus riches d’Afrique centrale, les malades doivent supplier pour obtenir leurs traitements.
Entre indifférence et inhumanité
Cette situation dramatique pose une question lourde : Comment comprendre que l’État, garant du bien-être de ses citoyens, laisse s’effondrer un système censé protéger les plus vulnérables ? Ce drame silencieux n’est pas qu’une crise administrative : c’est une crise morale, celle d’une nation qui regarde mourir ses malades sans bouger.
Le président Brice Clotaire Oligui Nguema et le gouvernement sont aujourd’hui face à un choix : agir vite, ou être tenus pour responsables d’un scandale sanitaire qui marquera longtemps la mémoire collective. Le Gabon ne peut pas continuer à traiter le cancer comme un moyen de « faire beau » pour octobre rose. C’est une question de vie ou de mort. Et chaque jour qui passe sans réaction condamne un peu plus ceux qui n’ont déjà plus la force de se battre.