Éducation et Vie chère : Bilie-By-Nze prédit une explosion sociale imminente

Alors que le Gabon traverse une période charnière de son histoire politique, Alain-Claude Bilie-By-Nze, dernier chef de gouvernement de l’ère Bongo, est sorti de son silence pour dresser un réquisitoire sévère contre le régime en place. Dans un entretien exclusif, l’opposant actuel a balayé les arguments du pouvoir en s’appuyant sur des indicateurs macroéconomiques alarmants, dénonçant une gestion qu’il qualifie de désastreuse et une déconnexion profonde avec les réalités sociales du pays.

Au cœur de la tourmente sociale, la grève interminable des enseignants a servi de point de départ à sa critique. Pour Bilie-By-Nze, la paralysie du système éducatif n’est pas le fruit d’une crise nouvelle, mais le résultat d’une incapacité chronique des nouvelles autorités à répondre à des revendications basiques. « Les enseignants ne demandent pas de droits nouveaux. Ils demandent d’avoir des salaires réguliers, ils demandent d’être intégrés et d’avoir des régularisations », a-t-il martelé, fustigeant la priorité donnée au recrutement militaire au détriment de l’investissement dans le capital humain.

Sur le plan économique, l’ancien Premier ministre a réfuté point par point la thèse de l’héritage désastreux souvent invoquée par Libreville pour justifier ses difficultés. Chiffres à l’appui, il accuse la junte d’avoir aggravé la situation financière du pays. « Lorsque je quitte mes fonctions, la dette de l’État était à 56 % du PIB. Trois ans après, on est à 73 % », a-t-il détaillé, s’appuyant sur des données qu’il attribue aux institutions financières internationales. Selon lui, le Gabon est désormais le maillon faible qui menace la stabilité financière de la sous-région CEMAC, avec un solde budgétaire devenu négatif.

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Sur la scène internationale, Alain-Claude Bilie-By-Nze a interprété l’exclusion du Gabon de l’accord commercial AGOA comme la preuve tangible d’un isolement diplomatique croissant. Loin de l’image de puissance retrouvée que tente de projeter le pouvoir militaire, l’opposant voit dans ce retrait un signal négatif envoyé par Washington. Pour lui, la diplomatie ne se résume pas à des effets d’annonce, et le Gabon est désormais « absent sur la question diplomatique », laissant planer le doute sur la crédibilité de la transition auprès des partenaires occidentaux.

La charge la plus virulente a cependant concerné la fracture sociale et la gouvernance interne. L’ancien Premier ministre a décrit un régime déconnecté, privilégiant des chantiers de prestige à des besoins vitaux. « C’est la République des copains, coquins et consanguins », a-t-il lancé, dénonçant la construction d’infrastructures non prioritaires alors que de nombreux quartiers de Libreville manquent d’eau et d’électricité. Il accuse les autorités actuelles de produire « la même chose en pire » que le régime déchu, provoquant une désillusion rapide au sein de la population.

Enfin, anticipant une explosion sociale à court terme, il a mis en garde contre un climat de répression qui étouffe la contestation. « La cocotte est en train de monter, elle est en train de bouillir parce que la vie est de plus en plus chère », a prévenu Bilie-By-Nze, prédisant que la peur finira par céder la place à l’expression populaire. Réitérant son appel à des États généraux pour refonder la Constitution, il a jugé la perspective d’un mandat présidentiel de sept ans, cumulé à la transition, comme « intenable » pour le Gabon.

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Ce réquisitoire d’Alain-Claude Bilie-By-Nze marque un tournant dans la stratégie de l’opposition, qui délaisse la retenue pour une confrontation directe sur le terrain économique et social. En dénonçant une gestion caractérisée par une « absence de réponse des autorités » face à la crise éducative et une fuite en avant dans l’endettement, l’ancien Premier ministre tente de briser le récit officiel de la transition. Son analyse augure une phase de contestation accrue, où la légitimité du pouvoir militaire pourrait être de plus en plus questionnée par une population éprouvée par la vie chère et la peur de la répression.

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