La création annoncée par le chef de l’État d’un hôpital exclusivement dédié aux accidents vasculaires cérébraux (AVC) à Angondjé, logé dans les anciens locaux de Gabon Télécom (Delta Postal), après l’échec retentissant du projet similaire de Ndjolé annoncé lors de la dernière campagne présidentielle , n’est en rien une prouesse sanitaire.
C’est un aveu d’impréparation, d’amateurisme et d’errance stratégique au sommet de l’État.
Pourquoi un hôpital entier pour les AVC ?
Depuis quand une pathologie, aussi grave soit-elle, justifie-t-elle à elle seule la création d’un hôpital autonome
— de surcroît implanté dans une zone difficile d’accès
— dans un pays où les urgences médico-chirurgicales sont quasi inexistantes ?
La vérité est brutale et dérangeante :
les Gabonais ne meurent pas seulement d’AVC.
Ils meurent :
.de l’absence d’urgences fonctionnelles,
.des retards de prise en charge,
.de l’inexistence d’une assistance médicale efficace sur les lieux des accidents,
.d’un système de référence et de contre-référence d’un autre âge,
.de services saturés,
.d’hôpitaux sans moyens,
.de personnels surexploités, épuisés, démotivés et abandonnés.
Aucune donnée publique sérieuse n’a été présentée.
Aucune étude épidémiologique transparente par âge, par sexe et par territoire.
Aucune analyse coût-efficacité.
Nous sommes donc face à une décision idéologique et spectaculaire, pas sanitaire.
Une décision de vitrine, pas de salut public.
Pourquoi Angondjé ?
Choisir le nord de Libreville, zone structurellement asphyxiée par les embouteillages, pour une urgence où chaque minute perdue tue, relève non plus de l’erreur, mais de l’inconscience.
Même la voie de contournement, vantée à coups de communication officielle, n’a jamais fluidifié quoi que ce soit.
On implante donc un hôpital d’urgence là où l’accès est chaotique.
C’est un non-sens médical.
C’est une faute politique grave.
Plus grave encore : le sacrifice de Gabon Télécom – Delta Postal
À l’heure où le monde investit massivement dans le numérique, la souveraineté des données et l’intelligence artificielle, le Gabon choisit de démanteler l’un de ses symboles stratégiques, sans débat public, sans justification, sans vision.
Pendant ce temps, l’opinion est distraite par un débat clivant et cynique sur la réintroduction de la peine de mort, agité comme un chiffon rouge pour masquer l’absence de politiques publiques structurantes.
Delta Postal disparaît.
Un symbole majeur bâti sous Omar Bongo Ondimba est effacé, après la Cité de la Démocratie.
Faut-il y voir une politique de table rase menée par le petit-fils « bâtisseur », incapable d’ajouter sans détruire ?
Ou plus simplement l’absence totale de conscience stratégique de l’État ?
Si un symbole aussi fort peut être liquidé sans émoi, pourquoi construire un hôpital spécialisé hors-sol, quand il aurait suffi :
de créer un service AVC dans un hôpital existant,
de renforcer les plateaux techniques,
de mutualiser les compétences,
de rationaliser les dépenses publiques.
Le véritable scandale : la carte sanitaire du Grand Libreville
Treize arrondissements.
Zéro hôpital de proximité digne de ce nom.
Owendo, Akanda et Libreville ne disposent pas d’hôpitaux municipaux.
Le CHU d’Owendo est national.
Le CHU de Libreville est national.
L’hôpital militaire d’Angondjé est national.
Pendant ce temps, les populations meurent :
dans les quartiers,
dans les embouteillages,
dans les couloirs des hôpitaux,
faute d’accès rapide, organisé et équitable aux soins.
Les milliards que l’on s’apprête à engloutir dans cet hôpital spécialisé auraient pu :
restructurer la carte sanitaire du Grand Libreville,
créer de véritables urgences de proximité,
investir durablement dans les ressources humaines,
sauver des milliers de vies.
Conclusion
La Ve République échoue précisément là où elle prétendait réussir.
Elle reproduit les mêmes travers : décisions verticales, absence de méthode, culte de l’annonce, mépris de la planification.
Pire encore, elle y ajoute l’improvisation et l’amateurisme, désormais érigés en mode de gouvernance.
En matière de santé publique, ces fautes ne sont ni abstraites ni théoriques.
Elles tuent.
Et tant que cette gouvernance continuera à confondre communication politique et politique publique, le pays continuera de payer le prix du sang.