Diplomatie verte ou « Greenwashing » : l’alliance Gabon-RDC à l’épreuve des faits

À quelques mois de la COP30 prévue à Belém, au Brésil, une nouvelle alliance semble émerger dans le Bassin du Congo. Le 9 juin à Nice, le Gabon et la République Démocratique du Congo (RDC), deux des principaux gardiens de la deuxième plus grande forêt tropicale au monde, ont annoncé vouloir parler « d’une seule voix » pour défendre les intérêts forestiers du continent. Une initiative saluée comme ambitieuse, voire nécessaire, dans un contexte d’urgence climatique mondiale. Mais au-delà des symboles et de la rhétorique, cette alliance soulève des doutes : le contraste entre les discours internationaux et les politiques nationales menace d’en saper la crédibilité.

Le principal défi n’est pas diplomatique, mais domestique. En RDC, la Vice-Première ministre et ministre de l’Environnement, Ève Bazaïba, porte l’image d’une écologiste résolue. Pourtant, son gouvernement poursuit activement une politique d’extraction énergétique : 27 blocs pétroliers et 3 blocs gaziers ont été récemment mis aux enchères, certains situés en plein cœur de zones sensibles, tourbières, forêts primaires et aires protégées. Difficile dans ces conditions de plaider pour la sanctuarisation des écosystèmes tout en engageant leur future exploitation. Kinshasa s’expose ainsi à des accusations de « greenwashing institutionnel », difficilement contestables.

Le Gabon, longtemps présenté comme un modèle en matière de conservation, n’est pas exempt de contradictions. La présence du ministre de l’Environnement, Mays Mouissi, à Nice, témoigne d’un engagement de façade. Mais dans les coulisses, le gouvernement est confronté à une équation délicate : répondre à l’urgence sociale et économique post-transition sans renoncer à l’exploitation des ressources naturelles (forêts, minerais, hydrocarbures). Libreville tente d’attirer les financements verts, mais la tentation de relancer l’économie par des moyens classiques souvent polluants — reste bien réelle. L’avenir de la diplomatie verte gabonaise se jouera donc à l’intersection du discours écologique et des choix économiques.

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Les figures portées en vitrine de cette alliance ont elles-mêmes un bilan contrasté. Ève Bazaïba est saluée pour avoir annulé plusieurs concessions forestières illégales. Mais sa marge de manœuvre reste réduite face aux puissants lobbies miniers. Au Gabon, le binôme symbolique formé par Mays Mouissi (Environnement) et Laurence Ndong (Mer) souligne une volonté d’approche intersectorielle. Toutefois, l’enjeu réel demeure : imposer une vision écologique cohérente face à la logique de rentabilité immédiate, un défi rarement remporté sur le continent.

Ce n’est pas la première tentative de coopération régionale entre pays forestiers d’Afrique centrale. Depuis plus de deux décennies, les déclarations d’intention s’enchaînent alliances, sommets, plateformes conjointes sans réelle coordination opérationnelle lors des grandes COP. Les intérêts nationaux divergents, la pression des bailleurs et les rivalités politiques internes ont souvent dilué les ambitions. L’histoire du Bassin du Congo regorge de « fronts communs » qui n’ont pas survécu aux logiques souverainistes ou à la réalité du terrain.

L’annonce faite à Nice est donc un pari. Elle ne pourra convaincre que si elle se traduit, très concrètement, par des engagements nationaux solides, mesurables et assumés. Ce ne sont pas les discours à Belém qui en feront le succès, mais les décisions prises à Kinshasa et à Libreville dans les mois à venir : gel des projets dans les zones à haute valeur écologique, réformes de la gouvernance forestière, transparence sur les financements carbone.

Car sans cette cohérence entre les paroles et les actes, la « voix unie » du Bassin du Congo risque de n’être qu’un écho vide dans l’arène internationale. À l’heure où la planète réclame des réponses crédibles face à la crise climatique, les alliances doivent s’incarner en actions. Faute de quoi, la diplomatie verte africaine si prometteuse sur le papier ne sera qu’une énième opération de communication climatique vouée à l’oubli.

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