Depuis le début de la Transition, les autorités gabonaises, sous l’impulsion du Comité pour la Transition et la Restauration des Institutions (CTRI), multiplient les annonces de projets routiers à travers le pays. Sur le papier, l’ambition est claire : désenclaver les territoires, dynamiser les échanges économiques et connecter les zones rurales au reste du pays. Mais entre les déclarations officielles et la réalité du terrain, un fossé persiste.
Si le gouvernement affirme avoir couvert plus de 600 kilomètres de routes en un an, une partie non négligeable de ces réalisations relève encore du registre des intentions : plans théoriques, appels d’offres, cérémonies de pose de première pierre soigneusement médiatisées. La communication semble précéder l’action concrète, laissant les citoyens perplexes face à des délais sans cesse repoussés.
À Makokou, par exemple, 30 kilomètres de voirie urbaine ont été promis depuis février 2025, tandis que dans la même province de l’Ogooué-Ivindo, 150 kilomètres de routes secondaires sont officiellement « réalisés ». Pourtant, les populations locales pointent du doigt la lenteur des travaux, l’absence d’équipements et la dégradation rapide de certaines portions à peine entamées. D’autres projets, comme les 36 kilomètres entre Oyem et Assok Medzeng ou le tronçon transfrontalier entre Meyo-Kye et Ebibeyin, peinent, eux aussi, à dépasser le stade de l’annonce.

Chaque mois apporte son lot de nouveaux projets : de l’axe Ntoum-Cocobeach aux liaisons frontalières avec la Guinée équatoriale, les kilomètres promis s’accumulent dans les discours. L’objectif fixé est de faire passer le taux de routes bitumées de 20 % à 25 % du réseau national d’ici 2026, pour un coût total estimé à 1 333 milliards de francs CFA. Mais à quoi bon multiplier les projets si les chantiers ouverts restent inachevés, voire abandonnés ?
Face à cette inflation de promesses, un doute grandissant s’installe dans l’opinion publique. Les populations locales, lassées des travaux sans fin, réclament des résultats tangibles. Au lieu de poursuivre cette course aux kilomètres déclarés, le gouvernement gagnerait à privilégier la finalisation, la qualité et la durabilité des infrastructures existantes. Car une route en chantier éternel ne désenclave rien. Et dans un pays où la route reste un vecteur clé de développement, la crédibilité se mesure à l’asphalte réellement posé, non aux annonces répétées.