Daniel AKOMA : Fermeture des écoles, chronologie d’un fiasco qui aurait pu être évité

𝐋𝐞𝐬 𝐨𝐫𝐢𝐠𝐢𝐧𝐞𝐬

En fin novembre 2025, je suis contacté par une collègue et amie qui me relate ses problèmes et m’exprime son ras-le-bol. Lors de cet échange,elle me dit sa volonté de monter un collectif afin de porter nos revendications auprès des autorités. Les syndicats classiques ne proposant plus rien de nouveau et surtout que de forts soupçons de corruption pesait sur eux, Olivia Venessa MUCKETU-U-MUCKETU pensait à ce que l’on prenne nos responsabilités. Elle me dira ce jour que cette révélation (elle est chrétienne) lui a été faite et que cette coordination d’actions devait s’appeler 𝐒𝐎𝐒 𝐄𝐃𝐔𝐂𝐀𝐓𝐈𝐎𝐍 . C’était le début de cette aventure.

𝐋𝐞𝐬 𝐩𝐫𝐞𝐦𝐢𝐞𝐫𝐬 𝐩𝐚𝐬

Après avoir fait large diffusion dans différents foras de notre corporation, l’idée a été chaleureusement accueillie. On décidait donc de faire notre première assemblée générale le samedi 6 décembre 2025. Le contexte qui prévalait à ce moment a joué un rôle essentiel,il a même été un élément catalyseur.
En effet,la disparition brutale de plusieurs de nos collègues nous a mis face à une évidence que nous refusions d’accepter :𝐒𝐈 𝐉𝐄 𝐍𝐄 𝐅𝐀𝐈𝐒 𝐑𝐈𝐄𝐍 𝐀𝐔𝐉𝐎𝐔𝐑𝐃’𝐇𝐔𝐈 𝐏𝐎𝐔𝐑 𝐐𝐔𝐄 𝐌𝐀 𝐒𝐈𝐓𝐔𝐀𝐓𝐈𝐎𝐍 𝐂𝐇𝐀𝐍𝐆𝐄,𝐉𝐄 𝐕𝐀𝐈𝐒 𝐐𝐔𝐈𝐓𝐓𝐄𝐑 𝐂𝐄 𝐌𝐎𝐍𝐃𝐄 𝐒𝐀𝐍𝐒 𝐉𝐀𝐌𝐀𝐈𝐒 𝐀𝐕𝐎𝐈𝐑 𝐏𝐑𝐎𝐅𝐈𝐓É 𝐃𝐄𝐒 𝐅𝐑𝐔𝐈𝐓𝐒 𝐃𝐄 𝐌𝐎𝐍 𝐓𝐑𝐀𝐕𝐀𝐈𝐋 . Alors les enseignants ont commencé à se mobiliser et une « cellule » a été mise en place afin de coordonner l’organisation de cette rencontre. Martine OULABOU pour Libreville et plusieurs Directions d’académies provinciales de l’intérieur du pays, plus de 1000 enseignants avaient répondu à l’appel. En marge de cette initiative, certains collègues de Libreville et de l’Ogooué-Ivindo ont aussi entamé des démarches visant à déposer des préavis de grève auprès des autorités.
Après l’assemblée générale nationale du 06 décembre,nous déposions le préavis de grève au Ministère de l’Education Nationale (l’accusé de réception de ce document fut déposé dans les directions provinciales).

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𝐋’𝐨𝐮𝐯𝐞𝐫𝐭𝐮𝐫𝐞 𝐝𝐮 𝐛𝐚𝐥 𝐝𝐞𝐬 𝐬𝐨𝐫𝐜𝐢𝐞𝐫𝐬

Tout s’est enchaîné suite à cela. Nous avons vu dès le 9 décembre réapparaître des zombies. Silencieux et effacés depuis la grève de 2021-2022, les syndicats traditionnels refaisaient surface avec une décision de grève de trois jours (du mercredi 10 au vendredi 12 décembre). Surpris de la démarche car aucun préavis n’avait été déposé par ces derniers et conscients de ce qui se jouait, nous avons décidé de continuer les cours et d’attendre la date fixée par l’assemblée générale. Le 16 décembre.

Oui,pour nous,il était question de laisser huit jours à notre administration afin d’engager des discussions et de trouver une solution diplomatique à cette crise. La volonté même de débuter (si jamais cela était inévitable) une grève à 2-3 jours des vacances de Noël était marquée du sceau de la responsabilité citoyenne et professionnelle; pour nous il n’était pas question de sacrifier les élèves.

Ce positionnement (ne pas suivre cette grè-grève de trois jours) nous a valu injures et calomnies. Nous avons été traités de 𝐩𝐞𝐭𝐢𝐭𝐬 𝐥𝐚𝐩𝐢𝐧𝐬 𝐟𝐚𝐦é𝐥𝐢𝐪𝐮𝐞𝐬, 𝐝’𝐚𝐦𝐚𝐭𝐞𝐮𝐫𝐬,𝐝𝐞 𝐫𝐢𝐠𝐨𝐥𝐨𝐬… Nous sommes devenus la cible d’une catégorie de personnes simplement parce que nous avons décidé de défendre nous-mêmes nos droits

𝟏𝟕 𝐝é𝐜𝐞𝐦𝐛𝐫𝐞,𝐭𝐨𝐮𝐭 𝐬’𝐚𝐜𝐜é𝐥è𝐫𝐞

Le délai de notre préavis étant arrivé à terme,le 17 décembre,nous avons organisé une deuxième assemblée générale afin de faire le point et de décider de la conduite à tenir. Il nous a fallu 5 secondes pour faire le point, l’administration était restée muette.
Alors à l’unanimité,nous avons décidé de rentrer en grève et de suspendre les cours avec effet immédiat.

La période des vacances a encore été agitée. Des menaces, des intimidations,des tentatives de récupération, des accusations et que sais-je encore ont rythmé notre quotidien. Durant près de deux semaines, injures et malédictions fusaient. Mais comme il est écrit dans Jérémie 1:19 : « 𝐈𝐥𝐬 𝐭𝐞 𝐟𝐞𝐫𝐨𝐧𝐭 𝐥𝐚 𝐠𝐮𝐞𝐫𝐫𝐞, 𝐦𝐚𝐢𝐬 𝐢𝐥𝐬 𝐧𝐞 𝐭𝐞 𝐯𝐚𝐢𝐧𝐜𝐫𝐨𝐧𝐭 𝐩𝐚𝐬; 𝐜𝐚𝐫 𝐣𝐞 𝐬𝐮𝐢𝐬 𝐚𝐯𝐞𝐜 𝐭𝐨𝐢 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐭𝐞 𝐝é𝐥𝐢𝐯𝐫𝐞𝐫, 𝐝𝐢𝐭 𝐥’𝐄𝐭𝐞𝐫𝐧𝐞𝐥.».

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Je ne suis pas croyant mais j’ai vu des miracles. Lorsque nous étions en situation de crise, quelque chose apparaissait pour montrer à tous la bonne direction. Des documents confirmant que des sommes d’argent étaient empochées par les leaders syndicaux alors que nous étions dans la misère,des notes vocales qui mettaient à nu une véritable mafia. Les conférences de presse se multipliaient mais aucune ne faisait mention d’un quelconque soutien à la base,aucune déclaration officielle d’un quelconque syndicat ne signifiait qu’il fallait prendre en compte nos revendications.
Attitude légaliste et discursive disaient-ils,nous on entendait démarche partisane et mercantile. Plus personne n’y croyait déjà depuis un moment,plus personne ne les écoute et sans doute plus aucun enseignant ne les suivra. Notre décision était prise.

𝐋𝐞 𝟓 𝐣𝐚𝐧𝐯𝐢𝐞𝐫, 𝐝é𝐦𝐨𝐧𝐬𝐭𝐫𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐝𝐞 𝐟𝐨𝐫𝐜𝐞

La période des vacances de Noël arrivant à expiration,le lundi 5 janvier 2026 marquait la reprise effective des cours selon le calendrier officiel et pour nous il représentait le début de la reprise de la grève.

Le constat est implacable,le mouvement de grève est suivi et ne fait que s’étendre. Des établissements qui jusqu’à maintenant semblaient attentistes rejoignent la barque et l’équipage s’agrandit. Des administratifs (directeurs d’écoles, censeurs,proviseurs), des supérieurs hiérarchiques ( conseillers et inspecteurs pédagogiques) prennent faits et cause pour notre mouvement d’amateurs, les établissements confessionnels aussi.
On assiste à une paralysie de notre école,la consigne est donnée : 𝐂𝐄𝐓𝐓𝐄 𝐅𝐎𝐈𝐒-𝐂𝐈 𝐂’𝐄𝐒𝐓 𝐓𝐎𝐔𝐓 𝐎𝐔 𝐑𝐈𝐄𝐍.

𝐏𝐚𝐧𝐬𝐞𝐫 𝐥𝐚 𝐩𝐥𝐚𝐢𝐞 𝐞𝐧 𝐩𝐞𝐧𝐬𝐚𝐧𝐭 𝐥’é𝐜𝐨𝐥𝐞

Le nouveau gouvernement étant désormais en fonction,la RE-nouvelle patronne de l’Education au Gabon a promis d’engager un dialogue franc avec les différentes parties prenantes. Cette initiative que nous saluons au tiers voire au quart ne pourra recevoir l’assentiment de la corporation que si et seulement si,les concernés sont invités. Pour l’enseignant du Gabon (je parle ici en mon nom), l’heure n’est pas à la discussion mais à l’action. Elle a le mérite de connaître parfaitement ce ministère car elle l’a dirigé durant près de cinq ans et aucun point du cahier de charges ne lui est inconnu.

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Ce que nous attendons,ce n’est donc nullement une énième rencontre pour débattre de ce que tout le monde sait mais des avancées significatives dans nos conditions de vie et de travail. Le dialogue s’il se veut franc ne peut se faire QU’AVEC ceux qui ont signifié leur mécontentement.

J’écris ce pavé le mardi 6 janvier 2026 à 01h du matin. À ce moment exact,aucun syndicat n’est en grève. Ce que je pense c’est qu’ils se précipiteront à déclarer qu’ils rentrent en grève afin d’être invités à la table des négociations et de prendre 𝐥’𝐚𝐫𝐠𝐞𝐧𝐭 𝐝𝐮 𝐭𝐚𝐱𝐢. Nous enseignants du Gabon pensons fermement que rien de concluant ne peut aboutir d’un échange entre la tutelle et ceux qu’elle appelle affectueusement «partenaires sociaux». La crise de confiance est manifeste, nier l’évidence de cette dernière c’est refuser de trouver des solutions et enfoncer notre école dans la crise.

Jour 2 de l’an grève 2026, Daniel AKOMA, enseignant de philosophie, stagiaire depuis cinq ans, enseignant précarisé

 

3 commentaires sur « Daniel AKOMA : Fermeture des écoles, chronologie d’un fiasco qui aurait pu être évité »

  1. Félicitation à toi mon cher collègue, et courage dans notre lutte.
    Le chemin de Dieu est parchemé d’embûches, rien ne s’obtient sans sacrifice.
    On est ensemble dans ce combat 🙏🙏🙏🙏

  2. Aller jusqu’au bout afin de trouver un solution définitive , on ne va pas revenir chaque année avec les mêmes problèmes , bricoler l’année des enfants . On bavarde soit disant pour sauver l’année et ce format ce répète à chaque fois .

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