Croissance au Gabon : les véritables clés du décollage économique

Alors que le gouvernement gabonais affiche sa volonté de relancer l’économie à travers un processus budgétaire plus rigoureux, il serait illusoire de croire que cette seule réforme méthodologique suffira à hisser la croissance à deux chiffres. Certes, le découpage des conférences budgétaires en deux volets (recettes et dépenses) apporte une plus grande clarté dans l’élaboration budgétaire. Mais tant que certaines réformes structurelles ne sont pas engagées de manière concrète et résolue, l’économie nationale restera engluée dans ses limites actuelles, avec une croissance anémique plafonnant à 2,9 %.

Le principal écueil de la stratégie actuelle réside dans son excès de technicité déconnectée des réalités économiques de terrain. Le gouvernement mise sur l’élargissement de l’assiette fiscale et la rationalisation des dépenses. Or, sans un renforcement massif des investissements publics dans les infrastructures de base, l’éducation, la santé et l’innovation, ces ambitions budgétaires resteront sans effet réel sur la vie économique. Dans un pays où les disparités sociales et les défis logistiques restent profonds, c’est par l’investissement public que le moteur de la croissance doit redémarrer.

Autre angle mort du dispositif : le rôle central des PME dans le tissu économique gabonais. Ces entreprises, qui assurent plus de 70 % de l’emploi privé, sont aujourd’hui exclues des circuits de financement classiques. Aucun objectif de croissance ne sera atteignable si les petites structures ne bénéficient pas d’un accès élargi au crédit bancaire, à travers des garanties publiques, des fonds de soutien ou des taux préférentiels. Les conférences budgétaires, aussi rigoureuses soient-elles, n’aborderont pas ce verrou structurel si aucune mesure spécifique n’est mise en œuvre.

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Il est également impensable de parler de performance économique sans évoquer le fléau de la corruption, qui gangrène les finances publiques et détourne les efforts d’investissement. La rationalisation des dépenses n’aura de sens que si elle s’accompagne d’un assainissement profond des circuits financiers de l’État. La transparence budgétaire ne peut être proclamée sans un contrôle indépendant, des sanctions effectives, et une réelle volonté politique de moraliser la vie publique. Sans cela, les “objectifs atteignables” resteront de simples slogans institutionnels.

La diversification économique, absente des priorités immédiates évoquées, constitue pourtant la seule voie de résilience durable. La dépendance aux exportations de matières premières rend le pays vulnérable aux chocs extérieurs. L’agriculture, le numérique, l’économie verte ou encore le tourisme représentent autant de secteurs à fort potentiel qui mériteraient d’être pleinement intégrés dans la vision budgétaire et soutenus par des incitations fiscales ciblées. C’est en changeant le modèle productif que le Gabon pourra enfin sortir du cycle de la croissance stagnante.

La méthode budgétaire actuelle, bien que louable sur le plan technique, ne constitue qu’un outil parmi d’autres. Pour que l’ambition d’une croissance à deux chiffres devienne crédible, le pays devra impérativement investir massivement, soutenir son tissu entrepreneurial, combattre la corruption avec fermeté et diversifier son économie. Faute de quoi, les meilleures intentions resteront enfermées dans les colonnes d’un budget certes bien présenté, mais déconnecté des leviers réels du développement.

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