Crise silencieuse : le système bancaire gabonais au bord de l’asphyxie

Le système bancaire gabonais traverse une période critique, secoué par une explosion inquiétante du volume de créances douteuses. En 2024, ces prêts à risque ont atteint le seuil record de 171 milliards de FCFA, contre 130,7 milliards l’année précédente. Selon le confrère Gabon Review, cette augmentation de plus de 30 % représente aujourd’hui 17,1 % de l’ensemble des crédits distribués dans le pays. Même après provisions, il resterait encore 88 milliards de FCFA potentiellement irrécouvrables, illustrant la vulnérabilité grandissante du secteur face à une économie fragilisée.

Cette spirale n’est pas un phénomène conjoncturel isolé. Depuis 2019, la tendance est clairement à la hausse, malgré quelques améliorations ponctuelles. Déjà en 2017, les créances douteuses s’élevaient à 142,3 milliards, montant qui grimpa à 151,5 milliards en 2018, avant de refluer en 2019. Mais ce répit fut de courte durée. La Commission bancaire de l’Afrique centrale (COBAC) tire la sonnette d’alarme, évoquant une fragilité structurelle persistante dans les pratiques de gestion du risque au sein des institutions financières gabonaises.

Le phénomène ne touche pas que les grandes banques : le secteur de la microfinance est, lui aussi, affecté. Sur les 18 établissements recensés, la majorité connaît une hausse préoccupante des impayés. Dans un contexte régional marqué par un taux de créances en souffrance qui atteint 17,4 % dans la zone CEMAC, contre seulement 4,4 % dix ans plus tôt, l’accès au crédit devient un parcours d’obstacles, surtout pour les petites entreprises et les ménages à revenus modestes.

Les causes de cette dérive sont multiples. D’un côté, des failles structurelles telles que la mauvaise gouvernance bancaire, des procédures d’octroi de crédit trop souples, ou encore une course aux objectifs commerciaux sans contrôle rigoureux. De l’autre, des facteurs conjoncturels aggravants : fragilité des finances publiques, retards de paiement de l’État à ses fournisseurs, effets persistants de la crise sanitaire, et ralentissement global de l’activité économique. Ces éléments combinés alimentent une dynamique perverse : plus les créances s’accumulent, plus les banques restreignent le crédit, pénalisant l’investissement, l’innovation et la croissance.

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Pour éviter un effondrement du crédit, la COBAC, soutenue par la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC), appelle à une réaction urgente. Parmi les mesures préconisées : le renforcement de la gouvernance interne des banques, la mise en place de garanties publiques ciblées, l’amélioration du recouvrement des créances, et surtout une révision en profondeur des stratégies de prêt. Car sans une réforme rapide et structurée, le secteur bancaire gabonais risque de devenir un frein, plutôt qu’un levier, du développement économique national.

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