Crise d’identité au sein du PDG : entre fidélité à l’histoire et guerre de légitimité politique

Le Parti démocratique gabonais (PDG), formation politique historique fondée en 1968, traverse une période de turbulences sans précédent. Près d’un an après la chute du régime d’Ali Bongo Ondimba, le parti se retrouve aujourd’hui fracturé, partagé entre deux visions opposées, deux directions revendiquées et deux lectures de sa propre légitimité. Une cacophonie institutionnelle qui fragilise un peu plus un parti déjà éprouvé par sa sortie brutale du pouvoir.

D’un côté, le clan dit “officiel”, issu du congrès extraordinaire de janvier 2025, conduit par Angélique Ngoma, secrétaire générale du parti. De l’autre, une faction qui se revendique légaliste, dirigée par Ali Akbar Onanga Y’Obegue, récemment investi secrétaire général par l’ancien président Ali Bongo Ondimba, depuis Londres.

Ces deux camps se disputent aujourd’hui le contrôle du PDG, chacun s’appuyant sur une lecture différente des textes fondateurs du parti et sur des figures d’autorité bien distinctes. Pour le courant “officiel”, le départ d’Ali Bongo des affaires politiques en septembre 2024 a ouvert la voie à une nécessaire réorganisation. Pour le courant “légaliste”, cette réorganisation est illégitime, car ne s’appuie ni sur les statuts ni sur un mandat clair de la base.

Angélique Ngoma : « Le PDG se reconstruit » avec son tombeur 

Face à cette crise, Angélique Ngoma a tenu à rappeler que le PDG « ne reniera jamais son histoire ». Dans une déclaration solennelle ce 21 juillet 2025, elle a insisté sur le rôle historique du parti, fondé par Omar Bongo Ondimba, et sur le fait que le PDG « appartient à ses militants » et non à des ambitions individuelles.

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« Nous sortons d’une transition difficile. […] Le Parti démocratique gabonais est en train de se reconstruire. Une commission ad hoc a été mise en place conformément aux statuts », a-t-elle déclaré, soulignant que la priorité actuelle est de « réécrire, redéfinir » le parti dans une logique de résilience.

Ali Bongo, un militant trouble-fête ?

Mais cette volonté de renouveau est désormais remise en question par l’entrée en scène inattendue de l’ancien chef de l’État, Ali Bongo Ondimba. Depuis Londres, ce dernier a affirmé avoir repris en main les affaires du parti, dénonçant la légitimité de la direction actuelle et désignant Ali Akbar Onanga Y’Obegue comme secrétaire général légitime du PDG. Une annonce qui a ravivé les tensions internes et ajouté à la confusion générale.

Pour les partisans d’Onanga, le congrès de janvier était « un coup de force », mené en violation des statuts. Ils revendiquent donc la légitimité historique conférée par le président sortant, et appellent à un retour à l’ordre statutaire. « Le PDG n’est pas un héritage qu’on se partage dans l’urgence », martèle Onanga, qui se pose dorénavant comme le défenseur d’une ligne orthodoxe et disciplinée.

Un parti « rejeté » en quête de repères après plus 50 ans de règne ?

Cette querelle de leadership, largement médiatisée et suivie de près par la base militante et ceux que les PDGistes méprisaient hier, révèle une crise plus profonde, celle de l’identité même du PDG dans le paysage politique gabonais d’après août 2023. Le parti, longtemps au cœur du pouvoir, peine à redéfinir sa place, à incarner une opposition crédible ou même à se réinventer idéologiquement. La cacophonie actuelle illustre l’incapacité de ses dirigeants à parler d’une seule voix. Pire, elle expose les fragilités d’un parti que seule l’autorité présidentielle tenait uni pendant plus de cinq décennies.

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Alors que des élections législatives se profilent, la division du PDG pourrait avoir de lourdes conséquences politiques. Incapable de se rassembler, miné par les querelles d’ego et de procédure, le parti risque de perdre encore davantage de terrain face à une majorité en reconstruction autour d’Oligui Nguema.

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