Le Conseil des ministres a récemment multiplié les réformes en faveur des forces de défense, de sécurité et des corps paramilitaires, avec une série d’ordonnances et de décrets destinés à moderniser l’appareil sécuritaire de l’État. Si cette dynamique est saluée pour sa cohérence et sa rapidité d’exécution, elle met en lumière un contraste de plus en plus frappant, d’autres secteurs tout aussi vitaux pour la stabilité nationale, comme l’éducation et la justice, restent à la marge des priorités gouvernementales.
Dans l’Éducation nationale, les enseignants multiplient depuis des mois voire des années, les interpellations sur la dégradation des conditions de travail, le déficit criant d’infrastructures, le manque d’enseignants qualifiés, les retards de paiement et l’absence de perspectives claires pour la carrière. Grèves, courriers, communiqués syndicaux et sorties médiatiques se succèdent sans que des réformes structurelles ne soient engagées à la hauteur des enjeux. Résultat : une école fragilisée, des élèves pénalisés et un système qui peine à remplir sa mission première de formation et d’ascension sociale.
Du côté de la justice, l’inquiétude est tout aussi profonde. La recrudescence des disparitions, des enlèvements et des faits criminels graves met en évidence les failles d’un système judiciaire souvent perçu comme lent, opaque et peu dissuasif. Les familles de victimes dénoncent régulièrement l’absence de résultats, le manque de communication des autorités judiciaires et l’impression que certaines affaires s’enlisent sans jamais aboutir, alimentant un sentiment d’abandon et de défiance à l’égard de l’institution.
Ce déséquilibre interroge : peut-on durablement renforcer la sécurité sans renforcer simultanément l’école qui forme les citoyens et la justice qui garantit l’État de droit ? La sécurité ne se construit pas uniquement par la discipline, les uniformes et les dispositifs coercitifs, mais aussi par l’éducation, la prévention, la confiance dans les institutions et la certitude que le droit est effectivement appliqué pour tous.
À trop concentrer les efforts sur un seul pilier de l’État, le risque est de fragiliser les autres et, ce faisant, l’édifice dans son ensemble. Une nation ne se protège pas seulement par la force, mais par l’équilibre entre sécurité, éducation et justice. Tant que cet équilibre ne sera pas recherché, les réformes, aussi ambitieuses soient-elles, resteront incomplètes et la frustration sociale, elle, continuera de grandir.