La rupture est désormais actée entre l’État guinéen et Emirates Global Aluminium (EGA). Le gouvernement de transition a résilié la convention de base signée avec Guinea Alumina Corporation (GAC), filiale d’EGA, opérant l’une des plus vastes mines de bauxite du pays dans la région de Boké. Cette décision explosive, annoncée par GAC dans un communiqué, marque l’échec de plusieurs mois de tensions sur fond de non-respect des engagements contractuels. Le ministère des Mines, pour l’heure, garde le silence.
Au cœur du litige : l’engagement pris en 2004 par GAC de construire une raffinerie d’alumine en Guinée, jamais respecté selon les autorités. Cette exigence s’inscrit dans la nouvelle doctrine de souveraineté minière portée par la junte, déterminée à transformer localement les ressources naturelles. Déjà en octobre 2024, Conakry avait interdit à GAC d’exporter sa bauxite, paralysant son activité. La résiliation de la convention confirme la volonté du pouvoir d’imposer une nouvelle règle du jeu dans un secteur longtemps dominé par des opérateurs étrangers peu contraints.
Selon notre confrère RFI, EGA dénonce une décision « illégale et arbitraire », qui mettrait en péril plus de 2 000 emplois directs et indirects. Dans son communiqué, le groupe affirme qu’il engagera des suppressions de postes massives, dénonçant un coup porté à la stabilité de l’environnement des affaires. Son directeur général, Abdulnasser Bin Kalban, alerte sur un « message inquiétant envoyé aux investisseurs internationaux ». Les tensions diplomatiques entre Abou Dhabi et Conakry ne sont pas à exclure, alors que l’impact économique commence à se faire sentir.
La Guinée, elle, semble assumer ce bras de fer. Dans le sillage de la révision des conventions minières lancée par le Comité national du rassemblement pour le développement (CNRD), le pays cherche à reprendre le contrôle sur ses ressources et à exiger des contreparties industrielles tangibles. Mais cette stratégie, sans mécanismes de remplacement rapide, pourrait aggraver la fragilité sociale, notamment dans les zones minières déjà dépendantes des grandes compagnies pour l’emploi et les services de base.
Ce nouvel épisode marque un tournant : la Guinée veut faire respecter sa souveraineté économique, quitte à défier les géants mondiaux. Mais entre ambition nationale et réalité économique, le chemin reste périlleux. Et l’affaire GAC pourrait bien devenir un test grandeur nature de la capacité de l’État guinéen à conjuguer autorité, cohérence et attractivité.