Christian Kerangall conteste l’IPO de BGFI : tensions au sommet et bataille judiciaire en cours

Le groupe BGFI, fleuron du secteur bancaire en Afrique centrale, est secoué par une profonde crise interne à la suite de l’assemblée générale ayant entériné son projet d’introduction en bourse (IPO). Une frange significative des actionnaires, représentant 37,49 % du capital, bien au-delà de la minorité de blocage fixée à 33 %, s’oppose frontalement à cette décision. Une double procédure judiciaire a été engagée pour contester les résultats du vote, soupçonnés d’irrégularités et de manquements graves aux règles de gouvernance.

Au cœur de cette fronde, Christian Kerangall, actionnaire historique du groupe, ne mâche pas ses mots. Dans une interview accordée au quotidien L’Union, il dénonce un « cafouillage » lors du dépouillement des votes. « Je ne sais pas s’il était prémédité ou non, mais les voix de certains actionnaires n’ont pas été correctement retranscrites », affirme-t-il. Selon lui, si le dépouillement avait été conforme aux suffrages exprimés, le projet d’IPO aurait été rejeté. Des allégations lourdes de sens, qui remettent en cause la crédibilité du processus décisionnel.

Face à l’absence de réponse institutionnelle, plusieurs actionnaires mécontents ont saisi la justice. Deux recours ont été déposés : l’un visant à corriger les résultats du vote, l’autre demandant la suspension immédiate du processus d’introduction en bourse. « Nous attendons sereinement que la justice gabonaise se prononce, mais il y a un fait incontestable : des votes ont été écartés. Si cela devait rester en l’état, ce serait une violation manifeste des droits des actionnaires », a déclaré M. Kerangall.

Au-delà de la forme, le fond du désaccord interroge sur l’opportunité même de cette IPO dans le contexte actuel du groupe. Christian Kerangall insiste sur la nécessité de résoudre les enjeux de gouvernance avant toute ouverture du capital au public. Selon lui, les récentes secousses internes, notamment le départ du PDG fondateur et les réformes en cours imposées par la COBAC, appelaient à davantage de prudence. Il évoque l’impératif d’un audit de césure pour poser un diagnostic clair, préalable à toute opération financière d’envergure.

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Cette affaire, désormais portée devant les juridictions compétentes, pourrait faire jurisprudence dans l’univers feutré de la gouvernance d’entreprise au Gabon. Elle soulève des interrogations majeures sur la transparence, la régularité et la responsabilité dans la prise de décisions stratégiques engageant l’avenir d’un groupe d’envergure régionale.

En toile de fond, se joue également la réputation de la place financière gabonaise, dans un contexte où la confiance des investisseurs repose autant sur la solidité des fondamentaux économiques que sur la rigueur des pratiques institutionnelles. L’issue de cette affaire sera scrutée de près, tant par les actionnaires que par les régulateurs et observateurs du marché.

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