Centrale d’achat : qui sont les importateurs qui détiennent 63 % du marché ?

Depuis la création de la Centrale d’Achat du Gabon (CEAG), le débat enfle sur l’identité et le rôle des importateurs privés qui détiennent 63 % du capital de cette nouvelle structure stratégique. Si l’État gabonais en possède 37 %, il a choisi de s’associer aux grands acteurs de la distribution pour tenter de maîtriser les prix, stabiliser les approvisionnements et remodeler le marché local.

Annoncée en août dernier, la CEAG a pour ambition de devenir l’unique importateur d’une cinquantaine de produits essentiels : riz, sucre, huile, lait, matériaux de construction, entre autres. Cette société d’économie mixte marque une rupture majeure dans la régulation du marché gabonais. Pour le gouvernement, il ne s’agit plus seulement de surveiller les prix, mais de reprendre la main sur la chaîne d’approvisionnement.

« La centrale d’achat deviendra l’unique importateur des produits identifiés comme essentiels. Elle permettra de réduire de 30 à 50 % le coût d’achat de certains produits de première nécessité », a expliqué Henri-Claude Oyima, ministre de l’Économie et de la Lutte contre la vie chère, lors de la présentation officielle du dispositif.

Les grands importateurs dans la boucle

Même si la liste complète des actionnaires privés n’a pas été publiée, plusieurs sources confirment que les principaux groupes de distribution implantés au Gabon figurent parmi les partenaires de la CEAG. On y retrouve notamment Carrefour-Prix Import, Intermarché-Ceca-Gadis, ou encore Casino-Mbolo, des enseignes disposant d’une solide logistique et d’un vaste réseau de points de vente à travers le pays.

Leur intégration n’est pas anodine. Ces acteurs dominent depuis plusieurs années l’importation et la distribution des biens de consommation courante. En les associant au capital de la centrale, l’État espère bénéficier de leur expertise logistique tout en instaurant plus de transparence dans la formation des prix.

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Un pouvoir toujours fort sur le marché

Avec 63 % du capital, les importateurs privés conservent une influence importante sur les décisions de la centrale. Cependant leur rôle évolue. D’importateurs indépendants, ils deviennent désormais partenaires stratégiques de l’État, tenus de respecter des règles communes en matière de prix, de traçabilité et de stockage.

Cette nouvelle gouvernance vise à casser la spirale inflationniste observée ces dernières années. Mais certains observateurs s’interrogent : cette centralisation ne risque-t-elle pas de renforcer un oligopole déjà dominant ? « Nous devons trouver un équilibre entre efficacité économique et équité concurrentielle. L’objectif n’est pas de concentrer le marché, mais de le rendre plus stable et plus juste », a précisé Henri-Claude Oyima, appelant à une gouvernance rigoureuse et transparente.

Entre promesses et vigilance

Les bénéfices attendus sont nombreux : mutualisation des volumes, baisse des coûts, sécurité d’approvisionnement, fin des marges abusives. Mais les risques le sont tout autant : captation du marché par quelques acteurs, marginalisation des petits importateurs et dépendance accrue vis-à-vis des grands groupes.

Pour que la CEAG remplisse pleinement sa mission, plusieurs conditions semblent indispensables : Publication claire de la liste des actionnaires privés ; Contrôle régulier des prix et des volumes importés ; Inclusion progressive des producteurs locaux dans le dispositif ; Suivi public des résultats obtenus sur le terrain.

La mise en place de la CEAG symbolise un changement profond dans la politique économique gabonaise. En s’alliant aux importateurs historiques, le gouvernement veut reprendre le contrôle d’un secteur longtemps livré aux lois du marché. Mais cette collaboration public-privé ne portera ses fruits que si elle reste guidée par un seul objectif, celui de garantir un accès équitable et durable aux produits essentiels pour tous les Gabonais.

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