Retards inexpliqués, absence de traçabilité, pannes techniques à répétition et silence administratif. La gestion des passeports au Centre de documentation révèle de graves dysfonctionnements.
Le 18 octobre 2025, Brandisse N. dépose une demande de passeport en respectant toutes les procédures et en réglant l’intégralité des frais, avec l’assurance d’un retrait sous dix jours. Pourtant, le délai expire sans explication, le suivi en ligne reste figé et les démarches sur place n’aboutissent à rien. Plus grave, l’administration affirme que le passeport a été « délivré » alors qu’aucune remise n’a eu lieu, sans être capable d’indiquer à qui le document aurait été confié ni de produire une preuve de retrait. Cet épisode concentre à lui seul l’opacité, l’improvisation et le manque de rigueur qui gangrènent le Centre de documentation (CEDOC).
Ce cas met en lumière une faillite majeure dont l’absence de traçabilité dans la gestion des passeports. Des agents reconnaissent que des documents officiels peuvent être remis sans enregistrement systématique, parfois par des intermédiaires, sans signature ni identification claire du bénéficiaire. Une telle légèreté administrative est incompatible avec la nature hautement sensible de ces documents et révèle un désordre profond dans l’organisation interne du CEDOC.
Cette dérive n’est pas anodine. Elle expose l’État à des risques graves, allant de l’usurpation d’identité à l’usage frauduleux de documents officiels, avec des conséquences potentielles sur la sécurité nationale. Le fait que de tels manquements soient connus et tolérés traduit une rupture inquiétante de la chaîne de responsabilité au sein d’une administration censée incarner l’autorité et la fiabilité de l’État.
À ces défaillances structurelles s’ajoute une crise opérationnelle persistante. Depuis plus d’un mois, la production de passeports est quasiment paralysée, officiellement en raison de problèmes informatiques. Dans les faits, cette situation révèle un déficit de compétences techniques et une absence d’anticipation. Pendant que les systèmes sont à l’arrêt, les usagers continuent de payer, sans obtenir le service pour lequel ils ont été facturés, alimentant frustration et colère.
Ce désordre administratif se retourne systématiquement contre les citoyens. Faute de solutions, certains sont contraints de recommencer les démarches, de payer à nouveau ou de déclarer la perte de documents qu’ils n’ont jamais reçus. Ce renversement de responsabilité illustre une gouvernance défaillante au CEDOC, marquée par l’opacité, l’impréparation et le silence institutionnel. Autant de faillites qui minent durablement la confiance des citoyens envers l’administration et soulignent l’urgence d’une réforme en profondeur.