Brice Laccruche Alihanga : du cœur du pouvoir Bongo à la rupture après l’enfer carcéral

Figure autrefois omniprésente du régime Bongo, Brice Laccruche Alihanga incarne à lui seul la trajectoire vertigineuse d’un homme passé du sommet de l’État à la marginalisation politique, avant une tentative de résurgence. Ancien directeur de cabinet d’Ali Bongo Ondimba, il fut l’un des rouages essentiels du pouvoir jusqu’à sa disgrâce en 2019. Accusé de détournement de fonds publics, il a été condamné puis incarcéré, dans des conditions marquées par des problèmes de santé récurrents. Après plusieurs années d’absence, il réapparaît aujourd’hui avec un discours de rupture, en total contraste avec son passé.

Dans un entretien récent accordé à TV5Monde, Brice Laccruche ne fait pas dans la langue de bois. Ses propos sont tranchants, presque revanchards : « Ce système Bongo, c’est une mafia, un cartel. Une fois que vous êtes rentré, vous ne pouvez plus sortir comme ça. » Une affirmation qui résonne comme un acte de désolidarisation total, voire une mise en accusation publique du clan qu’il a longtemps servi avec zèle. En rompant le silence, il pose un regard lucide ou stratégique sur un système qu’il connaît intimement.

Cette sortie médiatique n’est pas anodine. Elle s’inscrit dans un contexte de reconfiguration du pouvoir au Gabon, où les lignes bougent depuis la prise de pouvoir du général Brice Clotaire Oligui Nguema. En s’en prenant à l’ancien régime, Laccruche Alihanga semble vouloir solder les comptes de son passé, tout en tentant de redorer son image auprès d’une opinion publique longtemps méfiante à son égard. C’est aussi une manière de souligner la fragilité des loyautés au sein des élites politiques gabonaises, où les alliances d’hier deviennent les fractures de demain.

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Désormais engagé au sein du Conseil stratégique national pour le compte du nouveau pouvoir de transition, Laccruche revendique une volonté de contribution à un projet de refondation politique. « Il faut laisser la chance à un renouveau. Si moi, avec ma petite expérience, je peux accompagner ce renouveau, je n’hésiterai pas à apporter mon œuvre à l’édifice », a-t-il déclaré, dans un ton plus mesuré. Une tentative de repositionnement politique, qui pourrait également être perçue comme une forme de réhabilitation progressive.

Son retour sur la scène publique soulève néanmoins des interrogations : peut-on vraiment se réinventer politiquement après avoir été si intimement associé à un système décrié ? Sa parole, même libérée, restera-t-elle crédible auprès des Gabonais ? S’agit-il d’un acte de sincérité ou d’une stratégie de survie politique dans un paysage en recomposition ?

Le parcours de Brice Laccruche Alihanga est révélateur des mécanismes de pouvoir au Gabon, où l’ascension fulgurante s’accompagne souvent d’une chute brutale. Mais dans une époque marquée par les ruptures, les reconfigurations et les repentirs politiques calculés, son histoire pose une question centrale : un ancien pilier du système peut-il réellement incarner le renouveau ?

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