L’annonce récente du président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, sur le gel des bourses dans certains pays étrangers, continue d’alimenter les débats au sein de l’opinion publique. Si certains y ont vu une mesure drastique, voire discriminatoire, la précision apportée par l’Agence nationale des bourses du Gabon (ANBG) a permis de recadrer le propos. Il ne s’agit pas d’un gel arbitraire, mais d’un recentrage stratégique basé sur le décret 065/PR/MES/RSIT du 12 février 2024.
Ce texte, trop souvent méconnu du grand public, redéfinit les priorités de l’État en matière de formation à l’étranger. Il stipule que seules certaines filières considérées comme vitales pour le développement économique du pays peuvent justifier l’octroi d’une bourse dans des pays à fort coût de scolarité comme la France, le Canada ou les États-Unis. Parmi ces filières figurent la transformation des matières premières, l’agriculture, le numérique, l’aéronautique et les disciplines médicales. Une orientation qui s’inscrit dans une logique de rendement de l’investissement public.
Mais au-delà des considérations juridiques, le chef de l’État a mis le doigt sur une réalité plus dérangeante : de nombreux étudiants formés à l’étranger aux frais de l’État refusent de revenir au pays. Une fuite des cerveaux coûteuse qui vide le Gabon de forces vives qualifiées, pourtant financées par le contribuable. Le problème est double : non seulement les filières non prioritaires continuent d’être financées en dépit du décret, mais en plus, l’État n’a jusqu’ici instauré aucun mécanisme véritablement contraignant pour exiger le retour des boursiers.
Face à cette situation, plusieurs voix appellent à un assainissement en profondeur du système. Car malgré les textes, des dérogations, pressions politiques ou réseaux internes permettent encore à des dossiers non conformes d’être validés. Cette situation alimente un sentiment d’injustice chez les étudiants méritants et soulève des questions sur l’intégrité de la Commission d’attribution des bourses. Il devient donc impératif de doter l’ANBG d’outils de contrôle efficaces, indépendants et transparents, capables de garantir une application stricte du décret.
Nombreux sont ceux qui plaident aujourd’hui pour la signature obligatoire d’un contrat entre l’État et chaque boursier, stipulant une durée de service obligatoire au Gabon après la fin de la formation. Une telle clause permettrait de transformer une dépense publique en véritable investissement humain. Car si le Gabon investit dans la formation de sa jeunesse, il est légitime qu’il en récolte les fruits. Faute de quoi, l’effort national continuera de profiter à d’autres nations, au détriment du développement national.