Alain-Claude Bilie-By-Nze réclame transparence et vérité d’État sur Mbanié et Sylvia Bongo
Dans une sortie politique remarquée, Alain-Claude Bilie-By-Nze, ancien Premier ministre sous Ali Bongo Ondimba, a rompu le silence. Il a soulevé deux questions majeures sur la scène nationale : la perte de souveraineté du Gabon sur l’île de Mbanié et la libération, encore mal expliquée, de Sylvia Bongo Ondimba et de son fils Noureddine Bongo Valentin.
Il dénonce un inquiétant déficit de transparence de la part du pouvoir en place. Dans un pays en transition, où les fondements d’une Cinquième République sont en cours d’élaboration, Bilie-By-Nze ne s’adresse pas seulement au chef de l’État, mais à la conscience collective des Gabonais.
Mbanié, ou la souveraineté qui se dissout dans le silence
Le dossier de l’île de Mbanié cristallise les passions depuis la décision de la Cour internationale de justice (CIJ), attribuant la souveraineté de ce territoire stratégique à la Guinée équatoriale. Cet îlot, modeste en apparence, est d’une grande importance géopolitique, notamment pour les ressources pétrolières qu’il pourrait abriter. Pour Bilie-By-Nze, ce n’est pas un simple revers diplomatique, mais un acte de dépossession nationale.
« Le drapeau gabonais ne flottera plus sur Mbanié. Ce n’est pas anodin. Il faut nous dire pourquoi et comment nous avons perdu », a-t-il déclaré. L’ancien ministre des Affaires étrangères dénonce une « communication indigente » de la part du gouvernement et rejette toute idée de compensation territoriale, notamment dans les zones frontalières de Mongomo ou Ebebiyin.
Derrière cette indignation, une réalité dérangeante : les Gabonais n’ont jamais été véritablement préparés à un tel verdict, ni associés à un débat national sur ce contentieux historique. Dans une démocratie, la perte d’une parcelle de territoire constitue un événement majeur. Ici, elle est survenue dans un silence quasi total, sans explication officielle ni démarche pédagogique de l’État.
La libération de Sylvia Bongo : le mystère angolais
Bilie-By-Nze a également évoqué la libération de Sylvia Bongo et de son fils Noureddine, tous deux visés par des enquêtes judiciaires pour détournement de fonds publics et blanchiment. Détenus depuis la chute du régime en août 2023, ils ont récemment quitté le pays pour raisons médicales, mais aucun détail n’a été communiqué sur les conditions exactes de cette évacuation.
« Qui a négocié ? Quelles contreparties ? Pourquoi l’Angola s’implique-t-il ? », s’interroge l’ancien chef du gouvernement. Pour lui, ces interrogations traduisent une mise en cause de l’indépendance de la justice et de la cohérence du discours officiel. « On nous a promis que la justice serait le socle de la transition. Aujourd’hui, tout semble flou. La justice ne doit pas devenir une variable diplomatique. »
Ce manque de clarté alimente les soupçons. Le couple Bongo-Valentin, symbole pour nombre de citoyens des dérives du clanisme et de l’impunité, ne peut faire l’objet de traitement privilégié sans mettre en péril la promesse de rupture du nouveau régime.
La République en gestation face à l’épreuve de la vérité
Dans une déclaration à la fois grave et mesurée, Bilie-By-Nze appelle le président de la République à « cesser de masquer les vérités aux Gabonais ». Pour lui, la vérité doit désormais constituer le socle de la République en construction. « La vérité fait mal, mais le mensonge détruit la confiance dans les institutions », prévient-il. Une formule percutante dans un pays encore convalescent après des décennies de pouvoir concentré.
Son appel ne relève pas simplement de la rhétorique politique. Il s’agit d’un véritable test de maturité pour un régime de transition qui peine encore à démontrer une rupture claire avec le passé. Au-delà des cas Mbanié et Bongo, c’est la confiance entre les Gabonais et leur État qui se joue.
En démocratie, rien ne peut être durablement construit sur l’opacité. Pour le Gabon, engagé dans un processus de refondation, la transparence et l’honnêteté institutionnelle sont devenues des exigences incontournables.