« Affaire Me Eyue Bekale : lorsque le Procureur de la République se croit au-dessus des Procédures et du Droit »

On l’écrira des milliers de fois, s’il le faut : dans un État de droit, nul n’est au-dessus de la loi, pas même ceux qui sont chargés de l’appliquer.

Seulement, il apparaît qu’au Gabon, c’est une réalité que nombreux gens du Système ainsi que des proches de celui-ci, qu’ils soient en treillis, en toge, ou en civil, tendent volontairement à occulter ; et l’affaire impliquant Maître Eyue Bekale, Avocat au Barreau du Gabon, nous en offre un exemple patent.

En effet, cette affaire qui défraie la chronique depuis plusieurs jours, met en lumière de sérieuses dérives institutionnelles, incarnées notamment par le comportement du Procureur de la République, Bruno Obiang Mve, dont les agissements bafouent ouvertement les règles élémentaires de procédure et de respect des droits fondamentaux, à tel point que nous sommes en droit de nous demander si le Procureur de la République est encore soumis au droit ou s’il se considère comme une autorité arbitraire.

Cette interrogation est loin d’être banale. En toile de fond, la diffusion, le 5 juillet 2025, d’une vidéo sur les réseaux sociaux divulguant des échanges entre Monsieur Nourredin Bongo Valentin et une Juge d’instruction au cabinet de cette dernière ; vidéo dans laquelle on peut également écouter des interventions de Maître Eyue Bekale, Avocat de Monsieur Nourredin Bongo Valentin.

Ensuite de cette diffusion, le Procureur de la République a décidé d’engager des poursuites judiciaires contre Maître Eyue Bekale et visiblement contre elle seule, mandatant des agents de la Direction Générale des Renseignements pour l’interpeller à son Cabinet le 7 juillet 2025

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Seulement, même si le Parquet décide de l’opportunité des poursuites, il convient de rappeler que lesdites poursuites judiciaires interviennent notamment lorsqu’une enquête préliminaire ou une information judiciaire a été ouverte. Ce n’est qu’ensuite que le Procureur de la République décide, en fonction des faits et de l’opportunité, d’engager ou non des poursuites.

Or, en l’espèce, aucune enquête n’a été préalablement menée. Maître Eyue Bekale qui n’a pas été mise en position d’être seulement entendue, se retrouve déjà poursuivie. De surcroît, ces poursuites sont engagées en dehors des règles de procédures qui s’appliquent lorsqu’un avocat est soupçonné d’avoir commis une infraction dans l’exercice de ses fonctions. Des poursuites engagées a priori de toute enquête, notamment déontologique qui auraient dû être menées par le Bâtonnier de l’Ordre des Avocats du Barreau du Gabon.

Invraisemblablement, ladite enquête déontologique a été ordonnée le 9 juillet écoulé par le Garde des sceaux, soit deux jours après l’ouverture des poursuites. Ce qui démontre encore une fois le bâillonnement du droit pour l’expression de l’arbitraire dans cette affaire. Ce type de comportement rappelle les pratiques d’une justice sélective et instrumentalisée, où le Procureur de la République – loin d’être un garant de la légalité – devient un bras armé politique ou personnel, usant de ses prérogatives pour faire taire, intimider ou neutraliser des voix discordantes. Une dérive autoritaire qui fragilise la confiance dans l’institution judiciaire et, plus généralement, en l’État de droit.

Elle témoigne non seulement de la fragilité de l’indépendance de la justice au Gabon, mais aussi du danger que représentent les abus et les détournements de pouvoir dans un contexte politique tendu.

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Une question fondamentale se pose au final : où est la justice quand ses propres gardiens foulent aux pieds la Loi ?

Peter Stephen ASSAGHLE

Docteur en Sciences Juridiques

Ancien Avocat au Barreau de la Drôme (France)

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