Le 19 mai 2025, la Cour internationale de justice (CIJ) a tranché un contentieux vieux de plusieurs décennies : les îles Mbanié, Cocotiers et Conga, objets d’un différend frontalier entre le Gabon et la Guinée équatoriale, reviennent officiellement à cette dernière. Si le gouvernement gabonais prône l’apaisement, la rue, elle, gronde d’incompréhension et de colère.
Situées dans une zone maritime potentiellement riche en ressources pétrolières, ces îlots ne sont pas que des bouts de terre perdus dans l’océan. Ils représentent un enjeu économique et identitaire, notamment l’île Mbanié que l’armée gabonaise contrôle depuis 1972. Dès les premières heures suivant la décision de la CIJ, les réseaux sociaux ont été inondés de réactions de Gabonais abasourdis, certains criant à la trahison, d’autres pointant l’héritage d’une affaire mal gérée depuis des décennies.
Ce différend territorial remonte aux années 1970. En 2016, le Gabon et la Guinée équatoriale ont décidé de confier l’arbitrage à la Cour internationale de justice, espérant clore pacifiquement cette rivalité. La Guinée équatoriale s’est appuyée sur un accord colonial de 1900 entre la France et l’Espagne, tandis que le Gabon fondait sa défense sur un protocole signé en 1974 entre les deux présidents de l’époque. Mais aux yeux des juges de La Haye, ce dernier document ne constituait pas une reconnaissance formelle de souveraineté.
Le gouvernement gabonais, qui n’a eu de cesse de promouvoir une diplomatie de paix et de dialogue, a réagi avec mesure. Dans un communiqué officiel, il a réaffirmé sa volonté de respecter la décision de justice tout en réitérant son attachement au bon voisinage avec la Guinée équatoriale. Mais cette posture diplomatique ne suffit pas à apaiser l’indignation populaire. Des voix critiques s’élèvent, soupçonnant des arrangements souterrains, notamment autour de l’approvisionnement en électricité du nord du Gabon ou d’un soutien politique régional.
Si le Gabon perd les trois îles, il gagne cependant une portion de territoire continental autrefois considérée comme équato-guinéenne, incluant des zones comme Mongomo ou Ebibeyin. Une « victoire » géographique que beaucoup jugent insuffisante au regard de la charge symbolique des îles perdues.
Le gouvernement assure vouloir maintenir des relations saines avec son voisin, en s’appuyant sur les mécanismes de coopération régionale. Mais dans l’opinion, cette décision risque de laisser une blessure profonde, comparable à celle du dossier Bakassi entre le Cameroun et le Nigeria.
Une chose est certaine : ce jugement de La Haye, bien que juridiquement définitif, marque un tournant dans les relations entre les deux pays… et dans l’histoire contemporaine du Gabon.