Le communiqué conjoint de Madame Sylvia Bongo Ondimba et de Monsieur Noureddin Bongo Valentin, publié au lendemain de leur condamnation par la Cour criminelle spécialisée, vient raviver le tumulte politico-judiciaire qui secoue le Gabon depuis plus d’un an. En s’exprimant publiquement, les deux membres de la famille présidentielle brisent un long silence, affichant à la fois leur respect pour la justice nationale et leur profonde inquiétude quant au déroulement de leur procès. Ce texte, mesuré, mais ferme, s’apparente à un acte de résistance face à ce qu’ils qualifient de « procès expéditif », et place leur affaire sur le terrain des droits humains et du droit international.
Dans leur communiqué, Sylvia Bongo et son fils dénoncent de multiples irrégularités de procédure, notamment l’impossibilité d’avoir librement accès à leurs avocats durant près de deux ans, aussi bien à la prison centrale de Libreville que dans les locaux de la Présidence où ils affirment avoir été retenus. Selon eux, ce refus de communication constitue une atteinte grave au droit fondamental de la défense, remettant en cause l’équité même du procès. Ils affirment leur intention de porter le dossier devant la Commission africaine des droits de l’Homme et des Peuples, puis devant la Cour africaine des droits de l’Homme et des Peuples, pour contester la légitimité du verdict rendu à Libreville.
Les deux condamnés rejettent catégoriquement les accusations de détournement et de corruption qui leur sont reprochées. Sylvia Bongo rappelle qu’elle n’a jamais exercé de fonction officielle au sein de l’appareil d’État, et donc ne pouvait être poursuivie sur le fondement des charges retenues. Quant à Noureddin Bongo Valentin, il souligne que son rôle de Coordinateur des affaires présidentielles, limité à 18 mois, ne lui conférait aucune responsabilité budgétaire. Ils s’interrogent également sur les biens et sociétés mentionnés dans le jugement, qu’ils assurent ne pas leur appartenir, qualifiant les sanctions financières de « montants faramineux qui ne trompent personne ».
Au-delà de leur défense individuelle, ce communiqué s’inscrit dans une stratégie politique plus large : celle de dénoncer une justice instrumentalisée. Les Bongo affirment que le ministère public aurait sciemment ignoré l’existence d’un pourvoi en cassation, privant la défense d’un recours pourtant prévu par la loi. Ils exigent que l’ensemble du dossier, fort de 2 188 pages, soit rendu public afin que le peuple gabonais puisse juger par lui-même. Derrière cette exigence de transparence, se lit une volonté claire de rétablir un rapport direct avec l’opinion publique, contournant les filtres institutionnels et médiatiques.
Ce communiqué marque une nouvelle phase dans la confrontation entre l’ancien pouvoir et les nouvelles autorités gabonaises. En plaçant leur combat sur le terrain du droit et de la morale publique, Sylvia et Noureddin Bongo tentent de transformer leur cause judiciaire en affaire de principe. Pour certains observateurs, cette posture vise à préparer une défense politique à long terme, alors que le Gabon traverse une période de redéfinition profonde de ses équilibres de pouvoir. Quoi qu’il en soit, cette prise de parole fait désormais partie intégrante de la bataille pour le récit national, entre justice rendue et justice perçue.