Alors que le ministère de l’Éducation nationale gabonais tentait maladroitement de justifier l’exclusion de l’élève Anna-Gwanaëlle Mouwoyi-Bifaghou, une autre dérive, bien plus grave, s’est glissée dans sa stratégie de communication : la publication délibérée d’un document scolaire contenant des informations personnelles sensibles de l’élève. En diffusant à grande échelle un certificat administratif avec noms complets, photo, adresses, numéros de téléphone, antécédents médicaux et détails familiaux, le ministère a violé de manière flagrante le droit à la protection de la vie privée garanti tant par la Constitution gabonaise que par les conventions internationales.
Loin de se contenter de faire valoir sa position dans un contentieux disciplinaire, l’administration a, par cet acte, exposé une enfant à d’éventuels risques psychologiques, sociaux et sécuritaires. Une publication publique de ce genre, surtout sur les réseaux sociaux, est assimilable à une mise en danger d’autrui. Les parents, légitimes représentants légaux de l’enfant, pourraient à bon droit intenter des poursuites contre le ministère pour atteinte à la vie privée et exposition abusive d’une mineure.
Au lieu de calmer les tensions, cette divulgation a jeté un nouveau trouble sur la gestion de cette affaire. D’un dossier disciplinaire interne, nous sommes passés à un scandale éthique et juridique, où l’État, censé protéger les enfants, s’est rendu coupable d’une atteinte directe à l’intimité familiale. Ni le contexte du différend scolaire ni la défense de l’établissement n’excusent cette grave faute de gouvernance numérique et administrative.
Il aurait été possible pour le ministère de répondre aux critiques sans jamais nommer l’élève ni divulguer d’éléments identifiants. La communication institutionnelle exige précision, sobriété et respect du droit, trois qualités tristement absentes dans ce dossier. Ce que le public attend d’une autorité éducative, ce n’est pas une rhétorique défensive agressive, mais une gestion responsable des conflits, dans le respect de la dignité humaine.
En définitive, cette affaire révèle une double faillite : éducative et institutionnelle. Au-delà du débat sur la discipline scolaire, c’est la dérive dans la gestion de l’image des enfants et le traitement des affaires sensibles qui doit interroger. Le ministère ne saurait se substituer à la justice ni prendre les citoyens en otage par une communication publique aux dérives dangereuses. Les parents de la jeune Anna-Gwanaëlle sont fondés à exiger réparation pour cette violation inacceptable.