En 2025, alors que la Cour Internationale de Justice acte la perte de l’île Mbanié, les Gabonais découvrent avec stupeur que les signaux d’alerte avaient été donnés il y a près de deux décennies. Feu Pierre Mamboundou, opposant emblématique, accusait déjà trois membres du gouvernement de l’époque de vouloir vendre l’île. Retour sur une affaire d’État étouffée et sur un avertissement ignoré.
La perte officielle de l’île Mbanié au profit de la Guinée équatoriale ravive une douleur ancienne et une blessure territoriale au sein de l’opinion gabonaise. Cette tragédie géopolitique aux lourdes conséquences historiques aurait-elle pu être évitée ? La question taraude les esprits. Et dans ce climat de désillusion, une voix se fait entendre, venue du passé : celle de feu Pierre Mamboundou, l’un des rares hommes politiques à avoir dénoncé publiquement, dès 2007, ce qu’il appelait déjà « une haute trahison ».
Depuis les années 1970, le différend sur l’archipel Mbanié, comprenant les îlots Conga, Cocotier et Mbanié, oppose le Gabon à la Guinée équatoriale. Historiquement attribués à la France par la convention franco-espagnole du 27 juin 1900, ces territoires ont été rétrocédés au Gabon au moment de son indépendance en 1960. Ce legs fut confirmé par l’accord de Bata, signé en 1974 entre les Présidents Albert-Bernard Bongo et Francisco Macías Nguema. « Le traité établissait sans ambiguïté la souveraineté gabonaise sur ces îles » nous dit Pierre Mamboundou.
Le 10 février 2007, Pierre Mamboundou tenait une conférence de presse retentissante durant laquelle il dénonçait un scandale d’État, pointant du doigt André Mba Obame, René Ndemezo’o Obiang et Paul Toungui. Selon ses déclarations, « ces derniers auraient facilité les manœuvres d’une émissaire française, Madame Berthomieux, au profit de la Guinée équatoriale, dans une tentative de rétrocession. Tout simplement une vente déguisée de l’île Mbanié. »
Toujours selon lui, il estimait que lesdits responsables devaient répondre de leurs actes « La cession ou la tentative de cession de tout ou une partie du territoire, sans consultation du peuple par voie référendaire, est une atteinte à la forme unitaire de l’État » s’appuyant sur les articles 7 et 114 de la Constitution gabonaise de 1991.
Pierre Mamboundou avait saisi la Haute Cour de Justice. Mais l’affaire, engluée dans l’inertie du parquet général, n’a jamais connu de dénouement judiciaire. Pire encore, selon l’ancien opposant, certains des auteurs présumés « comptaient sur l’amnésie du peuple pour échapper à la justice ».
Aujourd’hui, les gabonais se posent une question centrale : les responsables de cette potentielle capitulation territoriale seront-ils enfin appelés à répondre de leurs actes ? Ou bien le peuple gabonais devra-t-il, une fois de plus, enterrer sa colère au nom d’une impunité politique devenue la norme ? Car comme le rappelait Pierre Mamboundou : « On ne trahit pas un territoire impunément. »