À Moabi où il a autrefois régné, Séraphin Moundounga découvre que la fidélité politique n’est pas héréditaire, elle se mérite

Le verdict des urnes à Moabi a retenti comme un écho amer pour le vice-président de la République, Séraphin Moundounga, et son parti, l’Union Démocratique des Bâtisseurs (UDB). Malgré une mobilisation orchestrée avec la ferveur d’une croisade électorale, le candidat de la formation, Carl Mihindou Mi-Nzamba, a été sèchement battu au second tour des législatives partielles par l’indépendant Élie Wilfried Boulingui. Ce dernier, fort d’un ancrage populaire solide, s’impose avec 56,86 % des suffrages contre 43,14 % pour son adversaire, signant une défaite cinglante pour un parti qui se voulait l’incarnation du renouveau.

Dans la Dougny, le scrutin de ce 2 novembre 2025 ressemblait moins à une compétition qu’à un test de crédibilité et de retour aux affaires pour Moundounga. L’homme qui a multiplié les déplacements, les discours et les promesses, espérait transformer Moabi en vitrine de son influence politique. Mais la population, visiblement peu sensible à la rhétorique du changement proclamé, a préféré récompenser le candidat de la proximité plutôt que celui du protocole. À Moabi, les grands discours ne nourrissent plus la foi politique : les électeurs veulent des actes, pas des slogans.

Ironie du sort, c’est ce même Moundounga qui, après le scrutin annulé du 27 septembre, avait salué le « bon déroulement des élections ». Un optimisme que les urnes viennent cruellement contredire. Cette défaite n’est pas seulement celle d’un candidat ; elle est le symbole d’un désaveu local pour un homme qui se rêvait en faiseur de majorité. Dans une région longtemps perçue comme son bastion, le vice-président découvre que la fidélité politique n’est pas héréditaire, elle se mérite, à chaque mandat.

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À Moabi, les électeurs ont parlé avec la franchise des bulletins : ils ne veulent plus d’une politique descendante, importée de Libreville, mais d’un leadership enraciné dans la réalité de leurs vies quotidiennes. En quelques mois, l’UDB est passé du statut de promesse à celui de mirage, confirmant que la proximité politique ne s’improvise pas, même avec les moyens de l’État en coulisses. Pendant que Boulingui gagnait la confiance des villages, Moundounga, lui, semblait surtout gagner du terrain sur les plateaux de télévision.

Après les revers des locales du 18 octobre, cette débâcle en série fragilise sérieusement la stature politique du vice-président. Derrière le vernis du pouvoir, c’est un signal fort : Moabi n’est plus sous influence. Le fief historique de Moundounga s’est transformé en miroir de son impopularité croissante. À ce rythme, certains observateurs murmurent qu’il ne reste plus au vice-président qu’à reconstruire son propre électorat, avant de songer à rebâtir la République.

 

 

 

 

 

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