Alors que le pays rend hommage à ses travailleurs et tourne résolument son regard vers l’avenir, un nom reste absent des discours officiels et des bilans de la Transition : celui de Yann Kogou Ligali. Militant gabonais, il est détenu depuis avril 2024 à la prison tristement surnommée « Sans-famille ». Son tort ? Avoir critiqué publiquement le pouvoir de Transition.
L’arrestation de Yann Kogou Ligali, survenue à Libreville devant ses enfants, a choqué ses proches. Il avait publié plusieurs vidéos appelant à une mobilisation citoyenne pacifique, dénonçant le rythme lent des réformes promises. Pour certains, ses paroles ont été perçues comme un appel à la division. Pour d’autres, elles relevaient de l’exercice légitime de la liberté d’expression. Sur les réseaux sociaux, sa voix dérangeait, mais elle résonnait aussi avec l’impatience d’une partie de la population, en quête de changements concrets après la chute du régime précédent.
Son cas prend une dimension particulière au regard des engagements pris par le président de la Transition, Brice Clotaire Oligui Nguema, qui déclarait en 2023 vouloir libérer les prisonniers d’opinion. Un an plus tard, Yann Kogou Ligali reste enfermé, sans procès équitable, dans un silence institutionnel pesant. Quelques voix se sont tout de même élevées. L’ancien candidat à la présidentielle, Innocenta Fabrice Bemvone Be Nze, avait entamé une grève de la faim pour réclamer sa libération. Mais globalement, la société civile apparaît hésitante, fragmentée, parfois résignée.
Au-delà de cette détention, une question fondamentale se pose : où en est réellement la liberté d’expression au Gabon ? La Transition est-elle prête à tolérer la critique, à accueillir la contradiction comme élément normal du débat démocratique ? Yann Kogou Ligali n’est ni un héros, ni un agitateur. C’est un citoyen qui a élevé la voix, peut-être trop fort, dans un contexte de forte attente. Le maintien de sa détention met à l’épreuve la crédibilité du processus de transition et les principes d’un État de droit annoncé.
Si le Gabon souhaite véritablement franchir un cap démocratique, il ne peut écarter ceux qui s’expriment pacifiquement en marge du pouvoir. Une transition réussie se mesure aussi à sa capacité à garantir la pluralité des voix, même discordantes. Car refuser le dialogue, c’est trahir la promesse même de renouveau.
Où est la liberté d’expression…