Sogara mise sur une renaissance industrielle pour atteindre l’autosuffisance énergétique

Longtemps minée par l’obsolescence de ses installations et une gouvernance à bout de souffle, la Société gabonaise de raffinage (Sogara) tente un retour en force. Avec un ambitieux projet d’expansion évalué à 40 milliards de FCFA, l’entreprise espère tripler sa capacité de traitement de brut d’ici à 2030. Présenté au ministre du Pétrole le 28 avril, le plan repose sur deux piliers : la modernisation du site actuel de Port-Gentil et l’édification d’une nouvelle raffinerie sur un terrain de 130 hectares. Objectif affiché : passer de 900 000 à 2,8 millions de tonnes de brut transformées chaque année, afin de couvrir intégralement la demande nationale.

Sur le plan stratégique, l’initiative paraît cohérente, à l’heure où le Gabon importe encore l’essentiel de ses carburants, pour un montant de 655 milliards de FCFA en 2023. La substitution des importations représente donc un levier économique évident. Mais à y regarder de plus près, les promesses chiffrées de la Sogara laissent sceptiques. Le budget de 2,5 milliards de FCFA prévu pour moderniser une raffinerie vieillissante et doubler sa production à l’horizon 2027 semble bien modeste au regard des normes industrielles internationales.

Flou sur le financement, incertitude sur les débouchés

L’autre point de friction concerne le financement global du projet. Aucun détail n’a été fourni sur les sources de capitaux, les partenariats potentiels ni les modalités de mobilisation des fonds nécessaires à la deuxième phase, pourtant la plus onéreuse. Dans un contexte budgétaire contraint et sans visibilité sur les soutiens extérieurs, l’équation financière reste entière.

À cela s’ajoute une interrogation majeure sur la capacité du marché à absorber l’augmentation de la production. Le Gabon consomme environ 1,1 million de tonnes de carburant par an. La Sogara devra donc écouler près de 2 millions de tonnes supplémentaires sur les marchés extérieurs. Une ambition légitime, mais encore très hypothétique, tant les défis logistiques, commerciaux et réglementaires restent importants en Afrique centrale.

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Un pari industriel à haut risque ?

L’argument écologique, quant à lui, repose sur la promesse d’unités de désulfuration et de traitement des gaz plus respectueuses de l’environnement. Mais au vu du passif de l’entreprise en matière de conformité et de transparence, ces engagements sont pour l’heure dénués de garanties concrètes. La Sogara n’a jamais brillé par son exemplarité opérationnelle ni par une gestion financière rigoureuse, et aucun audit indépendant n’a été rendu public pour appuyer la crédibilité du projet.

Si ce plan de relance entend marquer une rupture avec des décennies de sous-investissement et d’immobilisme, il peine toutefois à convaincre par sa solidité technique et économique. L’ombre d’un projet porté davantage par des considérations politiques que par une logique industrielle bien rodée plane sur l’annonce.

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