Un tournant a été amorcé dans la coopération économique entre les États-Unis et l’Ukraine avec la signature, le mercredi 30 avril dernier, d’un accord portant sur l’exploitation des ressources naturelles ukrainiennes. Présenté par le président Volodymyr Zelensky comme « équitable et stratégique », ce partenariat vise à garantir à Washington un accès privilégié aux minerais ukrainiens, dans un contexte mondial tendu autour des métaux critiques, dominé par la Chine.
En ligne de mire : la volonté américaine de diversifier ses sources d’approvisionnement, notamment en terres rares, ces 17 métaux indispensables à la production de technologies de pointe, de systèmes de défense, de véhicules électriques ou encore d’éoliennes. Toutefois, l’enthousiasme affiché par Kiev masque des incertitudes majeures, à commencer par l’ampleur réelle des réserves disponibles.
Contrairement aux déclarations officielles ukrainiennes, les données des services géologiques américains n’identifient à ce jour aucune réserve certifiée de terres rares sur le territoire ukrainien. D’après plusieurs analyses, une partie non négligeable des gisements potentiels se situerait dans les zones actuellement sous occupation russe. Un rapport canadien publié il y a trois ans estimait que Moscou détenait de facto l’accès à près de la moitié des réserves ukrainiennes en manganèse, césium, tantale et terres rares.
Face à ces obstacles, l’Ukraine pourrait cependant miser sur ses importantes réserves de graphite estimées à plus de 19 millions de tonnes, un composant crucial pour les batteries lithium-ion utilisées dans les véhicules électriques, un secteur en plein essor mondial.

Un accord stratégique à long terme, mais sans garantie immédiate
L’exploitation effective de ces ressources reste cependant sujette à de nombreuses contraintes. Entre les prospections, les études de faisabilité et la construction des infrastructures, le développement d’un site minier peut s’étaler sur plus de 15 ans. Il faudra donc des efforts soutenus, tant techniques que financiers, pour que l’accord signé prenne corps sur le terrain.
Pour les États-Unis, cet accord s’inscrit dans une stratégie plus large de sécurisation des chaînes d’approvisionnement critiques, alors que les tensions commerciales avec Pékin persistent. Pour l’Ukraine, il constitue une carte diplomatique et économique essentielle, dans un contexte de reconstruction et de quête de stabilité post-conflit. Attirer des investisseurs internationaux vers ses sous-sols encore peu exploités est perçu comme une opportunité de transformation structurelle.
Silence prudent du Kremlin, lectures géopolitiques divergentes
Officiellement, la Russie n’a pas encore réagi à l’annonce de l’accord. Mais en coulisses, ce rapprochement économique entre Kiev et Washington ne saurait laisser Moscou indifférent. « Ce n’est certes pas un traité militaire, mais toute initiative renforçant les liens américano-ukrainiens sera interprétée comme une provocation », estime Ulrich Bounat, analyste en géopolitique européenne.
Toutefois, ce dernier tempère : « Les Russes ne le perçoivent pas comme une menace stratégique majeure, d’abord parce que l’accord ne contient pas de garanties sécuritaires, ensuite parce que Moscou cherche elle-même à séduire des investisseurs américains, y compris dans le secteur minier et énergétique, en dépit des sanctions. »