L’Afrique du Sud rouvre les plaies de l’apartheid : une commission pour combler les silences de la justice

 

Trente ans après la fin de l’apartheid, l’Afrique du Sud revient sur les zones d’ombre de sa transition démocratique. Le président Cyril Ramaphosa a annoncé la création d’une commission spéciale chargée d’enquêter sur les crimes restés impunis du régime ségrégationniste. Une initiative saluée par les défenseurs des droits de l’homme, mais qui ravive aussi les blessures d’un passé non digéré.

Entre 1996 et 2003, la Commission Vérité et Réconciliation (TRC), dirigée par Desmond Tutu, avait offert aux victimes et aux bourreaux un espace de témoignage, en échange éventuel d’une amnistie. Mais ceux qui refusaient de coopérer devaient être poursuivis. En pratique, très peu l’ont été. Le système judiciaire post-apartheid a préféré le silence à la confrontation, au nom de la réconciliation nationale.

Dans une déclaration solennelle, Ramaphosa a reconnu les manquements de l’État sud-africain. Il a affirmé qu’il était temps de « répondre à une question que beaucoup n’ont jamais cessé de poser : pourquoi ceux qui ont commis des atrocités n’ont-ils jamais été traduits en justice ? » La nouvelle commission aura pour mission de rouvrir ces dossiers, d’identifier les entraves institutionnelles, et de proposer des voies de réparation.

L’annonce intervient dans un contexte politique tendu. À un an des élections générales, l’ANC, au pouvoir depuis 1994, risque de perdre sa majorité historique. Certains y voient donc un geste politique de Ramaphosa, visant à reconnecter le parti aux idéaux de justice et de vérité portés à ses débuts. Mais pour les familles de victimes, comme le rappelle Yasmin Sooka, ex-commissaire de la TRC, « les promesses ne suffisent plus. Ce qu’il faut, ce sont des jugements ».

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Des obstacles juridiques et pratiques se dressent : faits anciens, témoins âgés, archives incomplètes. Mais plusieurs juristes rappellent que les crimes contre l’humanité ne se prescrivent pas. D’autres pays, comme le Chili ou le Rwanda, ont montré qu’une justice tardive est encore possible. La question est donc moins celle du temps que de la volonté politique.

Cette commission incarne une nouvelle chance pour l’Afrique du Sud d’affronter pleinement son passé. Reste à savoir si elle disposera de l’indépendance, des moyens et du courage nécessaires pour briser les silences. Car au-delà de la vérité historique, ce sont les fondements mêmes de l’État de droit sud-africain qui sont en jeu.

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