Écrans et jeunesse : entre liberté numérique et aliénation silencieuse

Dans un monde ultra-connecté, les écrans façonnent désormais le quotidien de la jeunesse. Outils d’information, de divertissement et d’apprentissage, ils sont aussi devenus des vecteurs d’isolement, de surstimulation et parfois de souffrance. La tribune récente de Gabriel Attal et Marcel Rufo dans Le Figaro a eu l’effet d’un électrochoc : elle alerte sur l’ampleur de la crise sanitaire liée à l’omniprésence des écrans, et propose des mesures fortes comme un couvre-feu numérique, un système de détection de l’addiction, et une contribution financière obligatoire des plateformes numériques à la santé mentale.

Les jeunes évoluent dans un flux continu d’images et de sollicitations. Ils ne connaissent plus l’ennui, mais ne rêvent plus non plus. Le silence est devenu insupportable, la solitude une angoisse, et le regard réel de l’autre a été remplacé par une quête frénétique de validation numérique. Cette immersion dans des mondes virtuels, gouvernés par des algorithmes, détourne la jeunesse de ses repères affectifs et cognitifs traditionnels, la rendant vulnérable à des influences souvent invisibles, mais profondément structurantes.

Et pourtant, le problème ne réside pas uniquement dans les écrans, mais dans l’usage que nous en faisons. Ces outils sont les symptômes d’un monde où l’attention se monnaye, où la vitesse remplace la profondeur, et où l’éducation peine à encadrer l’accélération technologique. Offrir un smartphone à un enfant revient généralement à lui donner un accès illimité aux illusions, aux violences et aux angoisses du monde, sans préparation ni filtre. Cette fracture éducative exige un sursaut collectif.

Dans les rues de Libreville comme à Paris, une même scène : des enfants absorbés par leurs téléphones, les yeux baissés, les pouces agiles, mais continuellement le cœur lourd. L’excès d’écran nourrit une angoisse existentielle, liée à un vide intérieur croissant. Privés de temps de silence, de réflexion et de transmission, beaucoup peinent à construire une identité stable et à se projeter dans l’avenir. L’addiction numérique n’est pas une faiblesse individuelle, mais le symptôme d’un déséquilibre civilisationnel.

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Il est temps d’agir : redonner à l’école son rôle de construction intérieure, à la famille sa fonction régulatrice, et à l’État sa mission d’arbitre entre liberté numérique et protection de la jeunesse. Ce débat n’appartient pas qu’aux experts ou aux décideurs : il commence chez chacun de nous. Car une question s’impose à chaque adulte : et moi, quel modèle numérique suis-je pour les jeunes que j’accompagne ?

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