Présenté à Paris le 3 octobre, le livre du fondateur de Gabon Media Time mêle récit personnel et plaidoyer pour des règles plus prévisibles. Une première lectrice y voit un document de terrain.
Que reste-t-il à celui qui entreprend quand les dossiers s’éternisent et que les recours n’aboutissent pas ? C’est la question qui traverse Entreprendre au Gabon sous la brimade institutionnelle, qu’Harold Leckat Igassela a présenté le samedi 3 octobre 2026 dernier à Paris. Selon le communiqué relatant la rencontre, le journaliste, juriste et chef d’entreprise gabonais s’est exprimé devant des confrères, des proches et des invités, avant près d’une heure d’échanges avec la salle et une séance de dédicaces.
L’ouvrage s’ouvre sur l’évocation de la trajectoire socio-professionelle de son auteur. Du droit à la presse, puis à l’entrepreneuriat, ce parcours sert de matière à un témoignage que l’auteur rattache à une épreuve vécue en octobre 2025. Il dit s’être tu depuis, non par renoncement, mais parce qu’il fallait d’abord comprendre, écrire, puis transformer ce qui lui était arrivé.
Que recouvre la « brimade institutionnelle » du titre ? Pas un affrontement frontal, répond l’auteur, mais un mécanisme discret constitué entre autres des délais qui s’allongent, des engagements non tenus, des procédures qui s’enlisent ou encore des décisions sans explication. Cumulées, ces pratiques useraient l’entrepreneur gabonais sans qu’aucun acte isolé ne puisse être dénoncé. Harold Leckat Igassela revendique le caractère subjectif de ce diagnostic, qu’il présente comme sa version des faits, une alerte et une contribution au débat public plutôt qu’un règlement de comptes.

De cette expérience, il tire un programme qu’il qualifie d’« interpellation républicaine » : des règles prévisibles, le respect des contrats, des recours réellement effectifs et la fin de ce qu’il juge être une pénalisation abusive des différends économiques. « Ce qui m’intéresse, ce n’est pas la revanche. C’est la réforme », affirme-t-il. Le plaidoyer n’est pas à sens unique, il interpelle également la transparence des opérateurs privés, la conformité et la responsabilité sociale.
Les premières lectures vont dans le même sens. Pr Odome Angone, une lectrice, qui dit ne pas connaître l’auteur et avoir commandé le livre sur Amazon, y voit un « rapport de terrain » rédigé sans complaisance ni esprit de vengeance. Elle souligne que l’auteur nomme les protagonistes, situe les événements dans le temps et l’espace et évoque des procédures vérifiables, ce qui ancrerait le récit dans le réel et lui donnerait sa crédibilité.
L’universitaire d’origine gabonaise qui enseigne au Sénégal en propose aussi une lecture plus théorique. La « politique de l’usure » décrite par l’auteur relèverait, selon elle, de la micro-physique du pouvoir chère à Michel Foucault : décourager les initiatives indépendantes et pousser les porteurs de projet vers la dépendance à des protecteurs, les « bons grands ». Elle y ajoute la dimension du corps, qui encaisse l’attente et les relances, en écho à la phénoménologie de Frantz Fanon, et voit dans le livre une archive contre l’oubli. Elle le recommande aux agents des ministères chargés d’accompagner l’entrepreneuriat comme aux futurs entrepreneurs sans réseau.
Reste que cet accueil est celui d’une seule lectrice, au ton résolument favorable, et que les faits relatés reposent pour l’instant sur le seul récit de l’auteur et sur un communiqué émanant de son entourage. Les institutions et les personnes mises en cause n’ont pas réagi publiquement. Harold Leckat Igassela veut faire de son livre un point d’appui pour discuter des conditions d’exercice de l’activité économique et du journalisme au Gabon : il appartient désormais aux pouvoirs publics, comme aux lecteurs, de confronter ce témoignage aux faits.