[Tribune]_ La lecture politique au-delà du scandale financier

Alors que les réseaux sociaux s’enflamment et que sont partiellement divulguées les identités des six cents débiteurs ; hommes et femmes, institutions comprises, présumés bénéficiaires ou responsables du détournement de mille sept cents milliards de francs CFA, il est permis d’affirmer que ce scandale met à nu l’ampleur de la corruption qui a organisé, et organise peut-être encore, la gestion des fonds publics au sein de notre République. Et si le constat est tel que nul ne saurait nier la gravité des faits, il convient néanmoins de les analyser dans leur rapport au politique. Car il serait difficile de croire qu’il n’y en ait pas. Deux hypothèses se présentent ici à notre esprit.

La première consiste à penser que les tenants du pouvoir actuel cherchent, par cet acte, à exercer une pression sur des rivaux ou des détracteurs potentiels. Dans cette perspective, leur objectif serait de se garantir une plus grande liberté de manœuvre, à l’abri de toute contrariété. D’un point de vue strictement politique, cette lecture pourrait être présentée comme un tour de force réussi. Par quoi cette hypothèse, bien qu’elle ne prouve rien par elle-même, donne à voir les usages stratégiques de la transparence et de la justice en politique.

La seconde hypothèse suppose que le Président de la République agit par patriotisme et par courage afin de changer la donne. En ce sens, il accepterait de bousculer ses propres proches et soutiens politiques pour préférer l’intérêt supérieur du Gabon. Si tel était le cas, cet acte entrerait dans l’histoire nationale comme un exemple rare et admirable. Cette hypothèse nous rappelle ainsi qu’un dirigeant peut être jugé à sa capacité de rompre avec les solidarités compromises. Pour autant, elle ne saurait être vérifiée que par les actes, car la réussite politique se prouve dans les faits plus que dans les annonces.

Lire Aussi:  Le Gabon à l'épreuve de l'avenir : faire de la planification, de l'évaluation et de l'anticipation une doctrine de l'Etat

Dans l’un et l’autre cas, et quelle que soit l’hypothèse retenue, le plus honorable pour tous les lésés de la République est de se mobiliser, chacun selon ses moyens, afin d’encourager le redressement de l’État. Ce redressement passe par l’application stricte et juste de la loi, sans privilège ni vindicte. C’est ainsi que la présomption d’innocence et la lutte contre l’impunité peuvent coexister dans un État de droit. Soutenir cette exigence n’est pas soutenir un camp, mais soutenir la République et ses institutions. C’est, à notre sens, le meilleur soutien politique que l’on puisse apporter à ceux qui décident au plus haut sommet de l’État.

Owone Nguema, professeur de philosophie

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *