Écrans et enfants : ce qui se joue réellement derrière les moments de calme

Dans de nombreuses familles, le même scénario se répète au quotidien, un enfant absorbé par une tablette ou un téléphone pendant que les parents s’occupent de leurs activités. Ce calme apparent peut sembler pratique et parfois même nécessaire dans des journées chargées. Pourtant, derrière cette habitude devenue banale, une question demeure : quelles conséquences une exposition prolongée aux écrans peut-elle avoir sur un cerveau en plein développement ? Et au-delà des enfants, quel impact cette présence constante des écrans a-t-elle également sur les parents et les relations familiales ?

C’est autour de cette réflexion que le Dr Laure Bigourd, thérapeute kinésiologue, s’est exprimée lors d’une conférence organisée à la Smiley School à l’occasion d’une journée portes ouvertes. À travers son intervention, elle a invité les familles à repenser leur rapport aux écrans et à redonner une place plus importante aux échanges humains, aux activités partagées et aux expériences vécues ensemble. Selon elle, les écrans ne doivent pas remplacer les moments essentiels de connexion entre parents et enfants.

Dans le domaine d’étude qui la psychologie du développement, l’enfant est considéré comme un être en construction permanente. Son cerveau évolue grâce aux expériences, aux émotions et aux interactions qu’il entretient avec son environnement. Le principe développé par Donald Hebb, selon lequel les neurones qui s’activent ensemble créent des connexions durables, illustre cette réalité. Lorsqu’un enfant joue, parle, observe ou échange avec les autres, il stimule des zones essentielles liées au langage, à la mémoire, à l’empathie et à la gestion des émotions. À l’inverse, les écrans sollicitent souvent une attention plus passive où l’enfant reçoit des contenus sans véritable interaction humaine.

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Les spécialistes alertent également sur les effets des contenus numériques sur la concentration. Applications, vidéos et jeux sont conçus pour capter rapidement l’attention grâce à des images dynamiques, des sons et des récompenses immédiates. Ce fonctionnement stimule la dopamine, l’hormone liée au plaisir et à la motivation. À court terme, cela procure une satisfaction immédiate, mais une exposition répétée peut rendre plus difficiles les activités qui demandent de la patience et de la concentration, comme la lecture, l’écoute ou l’apprentissage scolaire. Le neuroscientifique Michel Desmurget évoque notamment les risques d’une surstimulation sur les capacités cognitives des enfants.

Les études récentes, notamment la cohorte ELFE de l’INSERM, montrent qu’un temps d’écran élevé chez les jeunes enfants est associé à des difficultés dans le développement du langage, de la motricité fine comme  boutonner, dessiner, découper ou écrire et de l’autonomie, aussi l’attention et le langage. Sans établir de causalité directe, l’environnement numérique peut influencer certaines étapes du développement cérébral de l’enfant.

Au-delà de l’attention, le développement émotionnel est également concerné. L’enfant apprend normalement à reconnaître et à gérer ses émotions grâce aux échanges avec les adultes. Un regard rassurant, une explication ou une discussion l’aident progressivement à comprendre ce qu’il ressent. Devant un écran, cette interaction disparaît souvent. Certains professionnels observent ainsi davantage de difficultés à gérer la frustration, l’attente ou les conflits chez les enfants fortement exposés aux écrans. Mais les parents eux-mêmes peuvent aussi être affectés : l’usage permanent du téléphone ou des réseaux sociaux réduit parfois la qualité de la présence parentale et limite les moments d’écoute et d’échange au sein du foyer.

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Pour le Dr Laure Bigourd, les écrans ne doivent pas être considérés comme des ennemis, mais leur utilisation nécessite un cadre clair et un accompagnement attentif. Elle insiste sur l’importance de préserver des moments sans distraction numérique comme jouer ensemble, discuter, lire, partager un repas ou simplement passer du temps en famille. Le développement émotionnel et cognitif de l’enfant repose avant tout sur la qualité des liens humains. Dans un quotidien de plus en plus connecté, parents comme enfants ont besoin de retrouver cet équilibre essentiel entre technologie et présence réelle.

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