Le Gabon s’apprête à lancer le Forum International de Libreville (FIL 2026), un événement économique et stratégique majeur prévu le 3 mai 2026. Pensé comme un espace de réflexion et d’échanges autour de l’innovation, de l’intelligence artificielle et du développement économique, ce forum ambitionne de positionner Libreville comme un hub africain de l’économie des services et du soft power. Dans cette tribune, M. Mathias MANGANGUELA analyse les enjeux économiques et géopolitiques de cette initiative pour le rayonnement du Gabon.
Nous aurons désormais notre « équivalent » de l’Africa CEO Forum avec le Forum International de Libreville pour l’Innovation et le Développement (FIL), dont la 1ere édition est prévue pour le 3 mai 2026 au Palais des Congrès de la Cité de la Démocratie. Un rendez-vous qui se veut annuel et qui offre aux autorités publiques et aux acteurs privés l’opportunité de faire du rendez-vous de Libreville, le nouveau place-to-be africain et mondial.
La première édition du Forum International de Libreville sera un espace de réflexion stratégique en matière économique, qui se penchera sur des thématiques telles que le climat des affaires, l’impact de l’intelligence artificielle et la résilience économique. Le programme annoncé s’annonce dense. La curiosité intellectuelle de chacun doit nous amener à y faire un tour.
Sur le plan économique, c’est un évènement qui produira des retombées évidentes, bien que discutées par certains experts qui soulèvent la question de la priorisation entre investissements de prestige et investissements structurants, ces derniers étant davantage liés dans la littérature économique à des facteurs de croissance et de bien-être des populations.
Mais à y regarder de plus près, le Forum International de Libreville et le Palais des Congrès de la Cité de la Démocratie nous offrent des perspectives économiques prometteuses autour de l’économie des services, génératrice de croissance économique et donc d’emplois.
En effet, l’économie des services est souvent à tort peu promue, alors que c’est le cœur des économies des nations développées. Elle est assimilée au secteur tertiaire qui regroupe l’ensemble des biens immatériels produits dans un pays tels que les services financiers, le tourisme, les transports, la santé, l’éducation, la culture ; des activités économiques qui façonnent les économies modernes. Ainsi, le commerce mondial actuel, c’est d’abord un commerce de services.
Les économies africaines perçoivent mal les activités de services, généralement vectrices de soft power au niveau mondial. Elles se concentrent sur les activités primaires extractives ou naturelles et visent très souvent une transformation locale (secteur secondaire) qui n’est pas souvent exempt de difficultés en matière de préservation de la nature. A contrario, des pays comme l’Ile Maurice doivent être des modèles naturels pour le Gabon dans les domaines des services financiers et du tourisme.
L’intelligence artificielle qui sera une thématique du Forum International de Libreville, est issue de l’économie des services. A un moment critique de la 4ème Révolution industrielle, elle façonne au-delà des possibilités actuelles connues, l’économie de demain.
Et c’est là l’enjeu du FIL 2026, générer une économie du soft power et favoriser des activités économiques et des emplois rapidement accessibles et modernes, mieux adaptés à un Gabon faiblement peuplé mais qui dispose d’une force d’attraction évidente en Afrique.
Le soft power, ou puissance douce, c’est la capacité d’un pays à influer et susciter un capital sympathie par la culture, la diplomatie ou la politique et accroître son rayonnement international. Ce capital sympathie peut favoriser des activités économiques et façonner la place d’affaires de Libreville, attirant des sièges sociaux de groupes africains voire mondiaux. Le Rwanda est un bel exemple malgré une image qui semble mise à l’épreuve ces derniers temps.
En ce qui concerne le Gabon, le FIL 2026 rentre dans cette stratégie d’économie du soft power que le pays peut développer car étant un hub naturel entre l’Europe, l’Afrique de l’Ouest, de l’Est voire Australe. Et son statut de 1er puits net de carbone mondial assoit son influence qui doit se traduire, avec le FIL, par une stature régionale politique et économique affirmée. L’image de marque nationale doit se transformer en actif économique attirant les investisseurs et les touristes.
Le FIL 2026 est ainsi vecteur d’impacts économiques en termes de soft power mais aussi directement en termes d’économie de l’évènementiel. En effet, il booste et boostera directement l’économie avec les activités et emplois générés tels que l’hôtellerie, la restauration rapide et de prestige, le tourisme à l’arboretum Raponda Walker, dans les parcs naturels d’Akanda et de Pongara et à la Pointe de Denis, les transports en taxi et la location de véhicules divers avec ou sans chauffeur, les activités de nuit telles que snack bar et boites de nuit, les services numériques liées au commerce et télécommunications, l’intermédiation d’affaires accompagnant les investisseurs à la découverte du potentiel économique du Gabon et les services de traduction.
Au Gabon de savoir désormais tirer un profit économique de la nouvelle infrastructure qu’est le Palais des Congrès de la Cité de la Démocratie en multipliant les évènements du type FIL et montrer son ouverture au monde.
Par Mathias MANGANGUELA
Economiste industriel et financier, Ingénieur-maître en commerce international, Haut fonctionnaire gabonais